Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
L’intégrisme religieux entraîne inexorablement l’Irak vers un gouffre sans fond. Les violences confessionnelles ont ainsi fait plus d’une centaine de morts depuis dimanche et, hier, ce sont près d’une quinzaine de Chiites qui ont payé de leur vie leur « culte » de la différence. Mais, dans ce massacre plus ou moins organisé entre deux communautés qui se haïssent, chiites et sunnites, il n’y a pas une religion pour sauver l’autre.Toutes deux font profession de foi sanguinaire. Quant à l’obscurantisme de leurs dirigeants, il ne fait, lui aussi, pas de quartier. Pourtant, les éléments communs entre ces deux branches de l’islam sont plus nombreux que les éléments divergents. Le Chiisme et le sunnisme, majoritaire partout ailleurs sauf en Iran, croient également en un Dieu unique et dans le message de Mahomet. Mais ils s’affrontent éternellement pour des questions de pouvoir et de succession, en l’occurrence celle du Prophète. Les Chiites se prétendent « les légitimistes de l’islam » et n’ont jamais accepté la déposition d’Ali, gendre du Prophète, puis son assassinat et son remplacement par des califes officiels. Pour eux, les Imam d’aujourd’hui sont les seuls vrais successeurs d’Ali. Ils poursuivent en quelques sorte le cycle des prophètes. Ce qui, pour les Sunnites, est une hérésie, Mahomet étant le dernier d’entre eux.
Mais tout cela serait trop simple si cela se limitait à une querelle de doctrine. L’Irak vit aujourd’hui une guerre d’influence. La chute de Saddam Hussein et le départ probable et prochain des Américains incitent les religieux à faire main basse sur tous les attributs du pouvoir. Dans ce cadre, les chiites représentent un réel danger pour les religieux sunnites. Et vice versa. Jadis écartés des centres de décision en Irak, les Chiites ont retrouvé force et dignité dans la coalition qui domine le pouvoir. Par ailleurs, le Hezbollah libanais exerce toujours, depuis la révolution iranienne et la prise du pouvoir par Khomeiny, une certaine fascination parmi les populations jadis opprimées par les baasistes, le vrai-faux parti laïc de Saddam Hussein.
Désormais, à Bagdad, l’affrontement tourne à la guerre civile. Le sang des Chiites est mis à prix, après le massacre d’une quarantaine de sunnites dans le quartier de Djihad. Quant aux milices armées, elles sillonnent la ville, demandent les papiers d’identité et exécutent qui n’est pas du bon côté. Tout n’est plus que sang et tuerie. On naît et meurt au nom d’Allah. Si tant est qu’on ait encore le temps d’y... penser.