Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Fidel Castro sera-t-il rétabli, le mois prochain, pour prononcer, à La Havane, l’ouverture du quatorzième sommet du mouvement des pays non-alignés ? Rien n’est moins sûr. Mais ce serait un réel coup dur pour Cuba qui doit, en principe, à cette occasion, prendre pour trois ans la présidence de ce mouvement, qui fort de 29 Etats en 1955 en compte aujourd’hui plus de 115. Tout est d’ailleurs prévu pour célébrer avec faste cette désignation. Avec notamment la création d’un site Internet et, surtout, la présence des Russes en tant qu’observateurs, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour une organisation sud-sud qui se voulait et se veut toujours indépendante de la bipolarisation est-ouest. Mais il est vrai que le bloc soviétique est bien mort et que les « Grands » de demain ont désormais pour noms, outre les Etats-Unis bien sûr, l’Inde et la Chine.
Toujours est-il que la maladie de Fidel Castro arrive au plus mauvais moment. D’autant que les non-alignés vont vouloir faire bloc autour de l’Iran, dont ils légitiment les recherches d’enrichissement nucléaire à des fins civiles, et du Liban pris actuellement sous les bombes israéliennes. Le président algérien Bouteflika a d’ailleurs été le premier à réagir, hier, en envoyant ses vœux de prompt rétablissement à Fidel Castro. « Sachez que nous avons besoin de vous, de votre sagesse et de votre compétence »… Abdelaziz Bouteflika, qui, contrairement à l’Egypte, n’est pas, semble-t-il, candidat à la prochaine présidence tournante, craint peut-être un infléchissement du mouvement des non-alignés avec le « passage de témoin » à Raul Castro. Le frère de Fidel, instruit lui aussi chez les Jésuites, est certes souvent considéré comme plus dur et plus sanguinaire, mais il est également plus pragmatique. Dans l’ombre du « Lider maximo », le numéro 2 du régime a ainsi déplacé progressivement sa maîtrise du pouvoir militaire sur la sphère économique. L’armée est aujourd’hui très présente dans les transports et le tourisme, comme si elle préparait la transition du communisme vers un capitalisme d’Etat. A la chinoise ou à la vietnamienne.
Il y a, certes, encore loin de la Coupe aux lèvres et rien ne se fera avant les « funérailles officielles » de Fidel, mais tout semble se mettre en place, en coulisses, pour éviter une rupture brutale en cas de « malheur » ou, pire, une annexion occidentale. L’armée cubaine fait bonne garde autour de Raul Castro. Pas tant d’ailleurs vis-à-vis de l’extérieur que face à « l’ennemi »… intérieur.