Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Personne ne se bouscule au portillon pour aller jouer les bons offices en casque bleu au Liban entre le Hezbollah et l’armée israélienne. Ni l’Europe de Strasbourg ou de Bruxelles qui, une fois de plus, est aux abonnés absents et se fait remarquer par son silence étourdissant. Ni même la France qui, après avoir appelé sur tous les tons à une force « d’interposition », voire même à une force de « coercition », propose désormais une « poignée » de mécaniciens armés. Soit en tout 200 hommes là où l’Onu en attendait au moins dix fois plus. Et encore seront-ils là uniquement pour réparer les routes ou mettre en place des ponts provisoires. Pas pour déminer le terrain. Mais pour aider tout le monde à circuler. Civils comme milices armées. Aide humanitaire comme « ravitaillement » militaire. Tout le « génie » français est ainsi rassemblé dans cette démonstration d’impuissance.
Pas de quoi, en tout cas, former l’ossature de cette force de la paix, de cette Finul renforcée que le monde entier espérait. Pas même de quoi constituer l’avant-garde de cette armée internationale que l’ONU comptait déployer dans les dix jours.
Oh, nous avons de bonnes excuses ! Le souvenir sanglant du « Drakkar » hante encore les mémoires. Et puis, « nous » ne pouvons être partout, sur tous les fronts, en Afghanistan comme en Côte d’Ivoire, en Bosnie comme au Liban…
En fait, Paris ne veut prendre aucun risque dans cette affaire. Ni pertes en hommes, ni enlisement. Certes, il faut rester en première ligne, mais uniquement dans les journaux et les déclarations. Et encore ! Pas trop près. Le ministère de la Défense a précisé qu’il souhaitait des engagements précis, des moyens matériels et juridiques. Enfin, la France a déclaré qu’elle voulait bien assurer le commandement de cette Finul élargie, mais à condition que d’autres pays européens et, surtout, musulmans, y participent. Certains esprits malins verront dans cette attitude une manière inélégante de se couvrir d’avance. Et, sous de plates justifications, de « refaire » le coup des tirailleurs sénégalais.
Il eut été plus judicieux pour la France de jouer « cartes sur table » et de dire d’abord que ses moyens humains et matériels n’étaient pas extensibles à souhait. Il eut été plus rigoureux d’avouer qu’elle en avait assez des humiliations subies par les forces de l’ONU dans cette région du monde. Il eut été enfin plus courageux d’admettre qu’elle n’avait qu’une confiance relative dans cette trêve imposée par une résolution qui « n’oblige » aucun des belligérants, mais interdit encore aux casques bleus de… tirer.