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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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PAVOIS

Le parti socialiste va devoir choisir entre l’apparence et la pertinence, la sympathie et l’intelligence, le star-system et le background, l’opinion et l’intérêt de la nation, le cœur et… la raison. C’est un choix déchirant. Que dis-je, déchirant ? Cornélien même ! Tant pour le Premier secrétaire du parti que pour l’ensemble des militants qui ont déjà l’œil de Chimène sur le grand pavois rose de La Rochelle. Mais, à deux jours de l’ouverture de la grande université d’été, il faut se garder d’illusions. Aucune fumée blanche ne sortira des deux tours historiques. Et la France des sympathisants sera encore condamnée à attendre le jugement dernier.

La division n’est-elle pas l’antichambre de la réconciliation ? Un psychiatre dirait que cette alternative cruelle nous révèle à nous-même l’opposition éternelle entre le lobe frontal et le thalamus. Et qu’il vaut mieux, dans cette affaire, séparer l’émotion de la vocation. Certains ténors du PS, ou d’ailleurs, estiment, pour leur part, que ce dilemme ne révèle que la part de féminité trop longtemps refoulée chez la plupart des hommes de gauche. Mais, observant le silence prudent de nombre de consoeurs de la Madone de Poitiers, ils font remarquer que l’on s’est peut-être trompé de « sujet ». Où sont, en effet, passées les Martine Aubry, Elisabeth Guigou, Anne Hidalgo, Annick Lepetit ? Elles réfléchissent… à l’avenir de la France, à cette passion soudaine des médias, des ménagères et des célébrités pour la belle guerrière et aux moyens de se sortir de ce guêpier.

Quant à la « belle » en question, elle semble claironner, telle Jeanne d’Arc, « En nom Dieu, je ne suis pas venue à Poitiers pour faire signe. Mais conduisez-moi à Orléans, je vous montrerais signe que je suis envoyée ». L’Histoire, celle qui fait foi mais ne se répète jamais, retient hélas que la Pucelle sauvera Orléans, mais échouera devant Paris. Mais les amoureux de l’utopie n’aiment pas que l’on détruise leurs rêves. Ils ne comprennent pas non plus que l’on puisse s’élever contre un étendard qui professe à tous les vents « un ordre juste » et une « sécurité durable ». Mais « juste » pour qui ? et « durable » combien de temps ? Ségolène Royal n’est pas née à Domrémy. Elle n’en demeure pas moins un symbole que, à défaut de brûler à Rouen, Laurent Fabius aimerait bien définitivement condamner. En attendant, l’ancien Premier ministre de la France a glissé perfidement, hier soir, qu’il préférait dire « voici mon projet » plutôt que « mon projet, c’est Voici ». Pas sûr que cela suffise pour faire… tourner la page.

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