Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
L’euro a certes évité l’inflation, mais l’euro n’a pas empêché les augmentations. Le sondage paru ce matin dans le quotidien gratuit « 20 minutes » montre que les Français, dans leur très grande majorité, n’ont pas été dupes des effets pervers de la nouvelle parité. Malgré toutes les protestations outragées, ils ont constaté une réelle diminution de leur pouvoir d’achat et une baisse ou une stagnation de leurs revenus. Et, désormais, ils en sont à faire des choix d’économie en se restreignant d’abord sur l’habillement, puis sur les loisirs et enfin sur les vacances. L’alimentation, quant à elle, reste un peu préservée, non pas tant parce qu’elle est moins chère, mais parce qu’elle est… essentielle. Les Français veulent bien vivre chichement, mais ils veulent s’alimenter. Ce qui est à la fois réconfortant et inquiétant.
Réconfortant d’abord parce que, en France, si la pauvreté existe toujours, la faim a pratiquement disparu. On ne meurt plus de faim dans notre pays, même si 2,8% de nos concitoyens indiquent encore qu’ils n’ont pas fait de repas complet pendant au moins une journée au cours des deux dernières semaines (source : Observatoire des inégalités). Inquiétant malgré tout car manger à sa faim ne signifie pas, pour autant, bien manger. Et les derniers chiffres sur l’obésité, qui touche en priorité les familles fragiles et en mal d’éducation, en sont tristement l’illustration. Par ailleurs, s’il faut désormais résumer la vie quotidienne par « boulot, MacDo, dodo », tristesse et dépression guettent nos foyers plus sûrement que la grippe et l’embellie.
Les pouvoirs publics devraient s’inquiéter un peu plus de ce ressenti de la population.Car ils doivent être les gardiens du moral des troupes tout comme ils doivent arbitrer avec justesse et parcimonie les méfaits de l’économie. La société libérale ne signifie pas, en effet, le droit de laisser faire n’importe quoi ou de laisser imposer, par une situation de monopole, des prix hors du commun ou hors de proportions avec les « services » rendus. Ce qui est autant le cas pour le pétrole, qui fait la fortune de Total et du budget de l’Etat, que pour le prix du pain et du petit café. Bref, faudra-t-il un jour prochain reparler de blocage des prix ? Sans doute ! Parce que, effet d’aubaine ou pas, cupidité ou gourmandise, certains « commerçants », au sens le plus large, ont déjà trop largement profité du changement des étiquettes. Au plus grand dam de ceux qui… n’en ont pas.