Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Bien sûr, l’idéal serait que tout le monde puisse partir en retraite à 50 ou 55 ans, voir le montant de sa pension aligné sur la rémunération des six derniers mois et la durée de ses cotisations diminuée. Bien sûr, les syndicats ont raison dans l’absolu de protester et d’exiger un alignement de tout le monde sur le haut, plutôt que vers le bas. Mais que n’ont-ils su ou voulu le faire, en son temps, pour les salariés du privé qui, aujourd’hui, doivent cotiser pendant au moins 40 ans pour un revenu aligné sur les 25 meilleures années ?
Cette affaire des régimes spéciaux empoisonne depuis trop longtemps la République pour qu’elle ne soit pas enfin abordée. Même si François Fillon n’était pas, sans doute, le plus qualifié pour mettre le « feu aux poudres ».
Cette histoire de retraite à deux ou trois « vitesses » ce n’est pas la révolte des « droits perdus » contre les « droits acquis ». Ni même une simple question d’équité entre citoyens salariés et citoyens protégés, entre le plus grand nombre et les plus syndiqués. C’est seulement, et uniquement, une… nécessité. L’allongement de la durée de la vie et l’augmentation massive des « inactifs » fait en effet planer sur nos têtes et celles de nos enfants soit une augmentation de la durée du travail, soit une hausse des cotisations, soit la fin du système de retraite par répartition. Et peut-être même les trois à la fois. Or, la logique suivie jusqu’ici voudrait que, encore une fois, les « régimes spéciaux » soient épargnés ! Pour la seule raison qu’ils savent donner de la voix, bloquer à répétition les services publics ou appeler à la révolution.
Il est temps, voire grand temps, de remettre le problème sur la table, même s’il ne s’agit pas, comme certains osent parfois le dire, d’abolir des « privilèges ». Tous les contribuables ne peuvent pas indéfiniment payer, à coup de subventions d’Etat, pour que les agents de la SNCF, de la RATP, des Mines et des transports, ainsi que les marins, puissent aller tranquillement « cultiver leur jardin » quand les autres se font « ponctionner » au nom de la solidarité entre générations.
Le risque est fort, certes, de provoquer cinq millions de salariés qui, sans autre réflexion, iront demain « chanter » dans les rues et, après-demain, bourrer les urnes de leur irritation. Il est en effet de ces belles intentions qui font perdre les élections. Et la gauche « altruiste et courageuse », celle qui est de tous les combats qui lui apportent des voix, fussent-ils au détriment de la société toute entière, n’en attendait sûrement pas moins pour attiser le chaudron et promettre, la main sur le cœur, qu’elle ne touchera… à rien.
Finalement, le plus grand défaut de François Fillon, c’est d’avoir aujourd’hui le courage de dire ce qu’il n’a jamais eu, hier, le courage… de faire.