Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Les nouveaux « philosophes » n’aiment pas Nicolas Sarkozy. Ils l’affichent et le crient sur tous les toits. Constamment interrogés par les médias, ils délivrent leur incantations à longueur de colonnes . Coqueluches de l’opinion d’un moment, d’une mode passagère qu’ils ont contribué à façonner et qui leur permet de gagner de l’argent, ils ne reconnaissent au président de l’UMP ni le droit d’avoir des idées, ni même celui de les exprimer. A leur manière, ils contredisent ainsi Voltaire qui disait en son temps que « le vrai philosophe n’attend rien des hommes, et il leur fait tout le bien dont il est capable ». Mais ils rejoignent toutefois Pascal, ce « misanthrope sublime » qui pensait que « se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher ». La farce est « énorme » pourrait aujourd’hui crier Fabrice Luchini en entendant les Thuram, Noah ou autres Joey Starr. Car contredire Voltaire tout en rejoignant Pascal, c’est vouloir tout à la fois réconcilier la tête et les jambes, prendre le contre-pied du « parti de l’humanité » tout en marchant sur les mains.
Les nouveaux « philosophes » sont toujours interrogés car ils ont de la répartie. Et du vocabulaire choisi. Luc Besson indique ainsi, dans le magazine Le Point, que, avec « racaille et pedigree », il n’a jamais « rien entendu d’aussi violent depuis Le Pen ». Lilian Thuram, quant à lui, a été profondément blessé par l’utilisation du mot Kärcher. Enfin Joey Starr « trouve déplorable qu’un homme politique tienne un langage de concierge ». Cette défense virulente de la langue française et d’un académisme plus châtié n’est pas en soi une mauvaise idée, mais on peut penser, à la décharge du ministre de l’Intérieur, que s’il avait été plus précieux dans son propos, il aurait été aussi moins entendu.
Une bonne nouvelle, cependant. Aujourd’hui, dans « Le Parisien », Yannick Noah ne parle plus de quitter le pays, comme il l’avait affirmé jadis à Paris-Match. On peut d’ailleurs penser que Jamel Debbouze, encore sur le coup de son visa refusé par l’Algérie, partage aussi son avis. Comme s’ils s’étaient soudain rendus compte que « la prairie n’était pas forcément plus verte à l’étranger ».
Car le problème de ces « philosophes » n’est pas tant qu’ils réagissent avec leurs pieds, avec leurs mains, avec leurs « tripes » ou avec leur voix. Ni même qu’ils s’expriment en toute bonne foi avec toute la bonne volonté du monde et un degré extrême d’humanito-solidarité. Ni même qu’ils condamnent Nicolas Sarkozy et en oublient les autres par quelques raccourcis faciles. Il est seulement qu’en se dispersant ainsi à tous les vents, au gré des micros et des courants, ils s’interdisent éternellement de… penser.