Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
La proposition d’Eric Raoult d’appeler aux « témoignages », moyennant récompenses et gratifications, pour retrouver les auteurs d’agressions contre les policiers, n’est pas aussi farfelue qu’elle n’y paraît. Elle pourrait même être « généralisée », n’en déplaise aux bonnes âmes qui habitent les beaux quartiers, à tous les actes de violence urbaine. La méthode n’est certes pas « jolie-jolie » et manque un peu de panache. Mais les cambriolages nocturnes, le racket des petits vieux, les vols de voiture ou d’accessoires, les « tournantes » de banlieues n’ont désormais plus rien de ces petits « jeux interdits » que l’on pratiquait jadis en sous-bois ou au clair de lune. Et l’angélisme ne doit plus avoir cours, ni en Seine-Saint-Denis, ni ailleurs.
« C’est pas cool » vont dire les délinquants chevronnés, les « rois » de la capuche et de l’agression dissimulée. C’est vrai, mais cela ne l’a jamais été. Sauf, peut-être, pour les plus forts sur les plus faibles, les plus âgés sur les plus jeunes, les plus violents sur les plus désarmés.
Quand on sait maintenant qu’il y a eu plus de 2500 agressions de policiers sur les six premiers mois de l’année, on a envie de connaître les caches « d’armes » des petits voyous, de savoir où ils se retrouvent, de connaître leurs plans et leurs numéros de portable et de les suivre à la trace pour éviter qu’ils ne se « perdent » encore plus dans le dédale de la délinquance urbaine.
Cet appel à la délation, prônée hier par le député-maire du Raincy, pourrait même, sans doute, être financé intégralement par les saisies d’argent liquide, les prises de drogue, les primes d’assurance et les… économies faites sur les dégradations d’édifices publics ou privés.
Ce serait faire finalement œuvre de salubrité et guérir le mal par le mal en permettant aux plus cupides des bandes armées de dénoncer les plus violents d’entre eux. Car on a toujours plus fort que soi. Il s’agirait en quelque sorte de créer l’insécurité à la source. Jusqu’à ce que la « source » soit… tarie. D’obliger les « petites frappes » de toute nature à se cacher encore plus, à s’isoler, à faire des trafics sans pouvoir en profiter, sans pouvoir s’acheter une nouvelle voiture, des « pompes » à 500 euros, un costume de chez Smalto ou la nouvelle Nintendo, sans pouvoir partager ou… faire confiance.
On doit pouvoir ainsi rêver d’un monde meilleur, d’une utopie qui voudrait qu’il fasse bon circuler la nuit à pied à Venissieux. Mais, pour cela, il faut d’abord arrêter de voir la vie comme une bande dessinée et passer son temps à déguiser les bandes de banlieue en « Robin des Bois » modernes. Car elles n’ont de modernité que l’extrême générosité avec laquelle elles s’attaquent à toute forme d’autorité et aussi bien aux riches qu’aux… pauvres.