Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
La souffrance en direct ! En ce 1er novembre, Maud Fontenoy connaît son chemin de croix sur la route de l’atlantique sud. Hier, grâce au téléphone satellite, elle a pu confier au monde entier qu’elle se battait contre les éléments, affaiblie par deux fractures, l’une au pouce, l’autre au pied, et qu’elle avait beaucoup tremblé, ces jours derniers, « épuisée, en sueur, tremblante de peur »…
Mais, tant qu’elle ne criera pas grâce, pas question d’aller la secourir, ni de mettre fin à son calvaire. On se contentera de l’entendre pleurer, de lire son carnet de bord « effrayant » et de l’écouter marmonner son « supplice ». On fera mine de croire au miracle qui voudrait que sur la route du cap Horn, elle trouve enfin l’apaisement. Alors que l’on sait fort bien que c’est la tempête et l’hiver austral qui l’attendent de pied ferme, « souriant » d’avance à l’idée de secouer son « petit » bateau d’aluminium de 80 pieds comme un cocotier.
Maud Fontenoy, la petite rameuse de l’Atlantique et du Pacifique réunis, ne veut pas décevoir, ni ses « jeunes marins briards », association dont elle s’occupe activement, ni les « petits aventuriers », son projet pédagogique écologique, ni même son sponsor « L’Oréal » qui serait sans doute effrayé de l’état de son « image ». Mais, justement, d’image, il n’y en a pas. Et c’est cette absence qui nous « sauve » de la pitié et qui « l’enferme » dans son exploit. Vaincre ou mourir à 29 ans ! Mais il faut croire que « cela n’est rien ». « Mourir la belle affaire » disait Jacques Brel, « mais vieillir… ô vieillir ».
Maud Fontenoy a choisi sa vie et son destin, refusant en quelque sorte tout l’amour qu’on lui porte, excluant toute idée de « mourir insignifiant, au fond d’une tisane, entre un médicament et un fruit qui se fane »…
Mais quelle drôle d’idée de vouloir, ainsi, s’offrir le monde à l’envers ! Quelle faute pourrait donc vouloir expier cette jeune femme pour s’imposer, en « pénitence », les quarantièmes rugissants et les cinquantièmes hurlants ! Est-elle « descendue » sur mer pour racheter nos péchés ? Toutes ces questions ne méritent pas réponse et encore moins réflexion. Car il est du propre des aventuriers de ne jamais savoir dans quel guêpier ils se sont fourrés, laissant aux autres, à tous les autres, le soin de s’épuiser… à les analyser.