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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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SALOPETTE

Avec Airbus malade, c’est surtout la sous-traitance qui va… mourir un peu. L’annonce faite, hier, par le consortium européen, de sa volonté de réduire de 80% le nombre de ses fournisseurs, ne lui laisse, en effet, guère d’illusions. Mais la manière même de « confirmer » le programme d’économie, via un simple directeur de « département », avait hier quelque chose de déplaisant, de méprisant et d’inquiétant à la fois. Comme si la perspective de couper  les « vivres » à près de 2.500 sociétés en Europe , soit à plus de 6.500 entreprises de deuxième ou troisième « niveau », et sans doute à 100 fois plus de « sous-salariés » ne méritait pas mieux qu’un « communiqué ». Pas mieux qu’une déclaration à l’emporte-pièce qui consiste finalement à faire payer à d’autres ses propres erreurs de gestion. Et guère plus qu’une « fuite » dans la presse économique, comme ce fut le cas hier, dans le « Financial Times Deutschland ».

Ce sont ainsi des régions entières, près de Toulouse, Saint-Nazaire et Hambourg, pour ne citer que ces trois villes, qui vont avoir à souffrir des errements de jeunesse d’un programme par ailleurs fascinant. Car si l’Airbus A-380 a aujourd’hui du plomb dans l’aile, cela tient plus à un partage industriel délicat et peut-être mal appréhendé qu’à des approvisionnements défaillants.

Il y a, certes, comme partout, des économies à faire en rationalisant les méthodes et en centralisant les choix. Mais, en l’occurrence, en ne voulant garder que le cinquième de ses « partenaires » extérieurs, dont certains font plus de la moitié de leur chiffre d’affaires avec l’avionneur, il ne s’agit plus seulement d’économies, mais d’avis de décès. Dès lors, l’argument utilisé, pour « l’exemple », hier, par le directeur de la communication d’Airbus, à savoir qu’il y avait « huit ou neuf fournisseurs pour les vêtements de travail » et que cela avait « un coût élevé », ne faisait plus sourire. La rationalisation budgétaire mérite sans doute, en effet, meilleure présentation que « le coup de la salopette ».

D’autant qu’il n’est pas dit, alors que tout le monde le sait, que nombre d’activités vont pouvoir ainsi être « délocalisées » au Maroc ou ailleurs. Mais le propre d’un avion n’est-il aussi de nous faire descendre de notre nuage ? Demain, par le jeu de la mondialisation, des mains-d’œuvre étrangères à bon marché et de la parité euro-dollar, Airbus ne sera plus seulement européen, mais aussi un peu Africain. La rançon… de la gloire.

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