Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Et si l’on parlait désormais d’autre chose. Maintenant que le deux camps sont en place. Que Nicolas Sarkozy, comme Ségolène Royal il y trois semaines, ont installé leurs pions, leur chevaux, légers ou pas, leurs tours et leurs cavaliers sur l’échiquier. Maintenant que le chronomètre est prêt et que le compte à rebours va commencer. Il leur reste, certes, à déménager. A installer leur QG de campagne et à l’inaugurer. A peaufiner leurs affiches et leurs slogans. Mais le plus dur est fait. Tous deux, par des « primaires » qui n’en ont pas été vraiment, sont investis par leurs partis respectifs et ont pu se faire tailler leurs costumes de « Président ». Ségolène a choisi le blanc, Nicolas préfère le bleu. Les autres candidats n’auront que l’embarras du choix des couleurs restantes. Même si le rouge et le vert sont, semble-t-il, déjà pris, il leur appartiendra sûrement d’y apporter quelques nuances.
En attendant, les slogans commencent à fleurir. Mais entre le « pour que ça change fort » de l’une et le « ensemble, tout devient possible » de l’autre, il ne va pas rester beaucoup d’espace pour les derniers optimistes, ceux qui prédisent autre chose que les incantations au poing levé ou la simple réflexion sur les vertus du rassemblement. Quant à ceux qui annoncent périodiquement le grand soir et la révolution, il leur faudrait enfin interpeller les électeurs autrement que par des accents faussement amicaux de « camarades » ou de « travailleuses, travailleurs » pour pouvoir simplement être écoutés. Et pas seulement des oreilles écorchées.
Aujourd’hui, tout le monde va pouvoir gloser sur le « possible » ou le probable, sur le « ça » ou le moins que « ça ». Mais, pendant tout ce temps, la vie continue. Sans nuances. Avec ses hauts et ses bas, ces morts stupides sur la route près d’Amiens, ces enlèvements d’enfants à répétition, ses licenciements chez Arena ou ailleurs, ces promeneurs emportés par la tempête à la pointe du Raz. Mais peut-on encore parler de vie, de vraie vie quand on égrène les faits divers et les suppressions d’emploi comme le chemin de croix d’un long week-end en France. Et qu’on les met en perspective avec les 3,5 millions d’euros dépensés hier pour le demi-sacre d’un homme qui, seul candidat, n’en avait pas… besoin.