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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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CONFIANCE

Il serait quand même bien que, juste avant de partir, Jacques Chirac glisse un mot dans l’oreille du roi Abdallah concernant nos exportations avicoles. Car l’Arabie Saoudite, principal client de la France avec 80.000 tonnes de viande de volaille importées par an, a très fortement réduit ses commandes, ces derniers temps. A croire que le plus grand pays pétrolier du Golfe n’aurait qu’une confiance modérée dans notre Président. Ce qui serait alarmant pour « le Rafale » et le projet Miksa. A moins que cette défiance n’existe qu’à l’égard de notre poulet. Mais là non plus, ce n’est pas rassurant. Car le chef de l’Etat a sûrement su indiquer à nos interlocuteurs, fourchette à l’appui, qu’il fallait en manger à satiété. Et que l’innocuité du produit nécessitait même de répondre par une overdose à toute velléité de psychose.

Mais il est sans doute bien difficile pour notre Président de convaincre un roi intrigué par les divers comportements de notre douce France. Avec, d’un côté, le pays virtuel qui, soi-disant, se « goinfre » de poulets, tels Dominique de Villepin ou François Hollande, devant les caméras, prétend raffoler de canards et redemander de la dinde. Et, de l’autre, le pays réel qui exagère parfois le principe de précaution, enferme les chats dans l’Ain et évite tout ce qui ressemble à l’aile ou la cuisse en matière de restauration. Sans parler de cette troisième catégorie, celle du pays rebelle, qui boude le salon de l’Agriculture et, tel le maire de Groslay, en pleine vallée de Montmorency, interdit la volaille dans les cantines scolaires.

Comment donc, finalement, faire admettre à nos amis du royaume saoudien que, avec eux, près de 50 pays se trompent en boudant nos produits et nos oeufs !

Chacun comprend bien que le sauvetage de notre filière avicole s’avère, chaque jour, plus délicat. Et que, à défaut d’un miracle, il est désormais temps que nos institutions s’en mêlent. Toutes nos institutions. On attend ainsi la position de la CGT et des grandes centrales syndicales, celle des francs-maçons et des musulmans. Et si, côté catholique, on est déjà servi, puisque l’évêque de Dax a invité hier ses fidèles « brebis » à ne pas faire Carême et à consommer de la volaille, on commence à s’inquiéter du silence des synagogues. Et que fait le parti communiste ? Et la police ?

Il faut peut-être sonner la grande mobilisation. Et montrer l’exemple. Servir ainsi toute notre surproduction dans les prisons. Alimenter toutes les cantines administratives, tous les hôpitaux, tous les foyers d’accueil, toutes les maisons de retraite. Imposer la volaille dans le service public, puis dans le secteur privé. Poulet obligatoire à tous les étages et à tous les menus.

Ce n’est, hélas, pas si simple. Car la grippe aviaire, c’est désormais plus qu’une crise alimentaire. C’est devenu une crise de confiance pour laquelle il n’y a ni cautère, ni… vaccination.

 

 

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