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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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DETTE

Une petite révolution se prépare à l’ombre des prétoires. Dans tout juste une semaine, les juges de France ouvriront grandes leurs portes et iront dans les tribunaux à la rencontre des citoyens. Cette manifestation originale, organisée conjointement par les trois syndicats de magistrats, vise à engager un débat public sur « d’autres bases que l’émotionnel et la chasse à l’homme », selon les propres déclarations, hier, de la vice-présidente du syndicat de la magistrature. On le voit, les « motivations » des hommes en noir ne sont pas tout à fait dénuées d’arrière-pensées. Il n’en reste pas moins qu’il faut saluer cette initiative qui verra sans doute, pour la première fois depuis longtemps, des juges enfin s’expliquer sans autre forme d’autorité.

C’est un indéniable progrès. Car, jusqu’ici, les magistrats avaient plus tendance à se draper dans leur dignité offensée et à refuser le débat au nom de leur légitimité. Mais ne nous leurrons pas. On apprend, en effet, que les trois syndicats en profiteront pour présenter leurs propres propositions sur l’éventuelle réforme de la Justice. Tout porte donc à croire que l’autorité judiciaire tentera, en agissant de la sorte, de reprendre un pouvoir qu’elle croit confisqué par la Commission d’enquête parlementaire sur l’affaire d’Outreau. Traumatisée, mais sûrement moins que d’autres, par un désastre sans nom, la « corporation » chercherait ainsi à reprendre l’initiative et à proposer, avant les députés, modifications et restrictions de… champ d’application. On ne lui en demande pas tant. Ce n’est pas son rôle et c’est désormais trop tard. La Justice, désormais, ne pourra faire ni l’économie d’un débat, ni l’économie d’un « procès ».

Le pire serait que cette journée du 14 mars prochain soit exclusivement placée sous le signe de la misère de l’Institution. Misère réelle sans doute, avec une absence de moyens criante et révoltante, des problèmes de greffe, de personnel et de photocopies, mais misère ô combien dérisoire face à l’incohérence des détentions provisoires et l’ambiguïté de l’instruction.

Mardi prochain, juges et citoyens seront sur le même terrain. Celui de l’impartialité, de la probité, du respect du Droit et de l’accès à la procédure, de l’égalité de traitement et de la véritable réparation. Mardi prochain, chacun voudrait que les magistrats, en se présentant « nus » devant les justiciables, puissent faire amende honorable et bien comprendre leurs devoirs. Qu’ils puissent admettre, une fois pour toute, lorsque ils jugent « au nom du peuple français », que la justice n’est pas un pouvoir, mais « une dette que le magistrat accepte définitivement de partager lors de sa prestation de serment et dont il devient le garant », comme l’écrivit un jour Dominique Commaret, avocat général à la Cour de cassation. Alors, de nouveau, peut-être, le citoyen pourra avoir confiance en sa Justice et lui reconnaître le droit de… se tromper.

 

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