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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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CITOYEN

Il fallait s’y attendre. La violence urbaine en France a augmenté de 10% en 2005, selon le rapport annuel de l’Observatoire national de la délinquance. Certes, les émeutes urbaines de novembre ont lourdement pesé sur les chiffres, publiés hier, mais elles n’expliquent pas tout. Ainsi, il y a lieu de réellement s’inquiéter, comme l’OND, de voir que les vols avec violence, les coups et les blessures volontaires semblent être devenus « un mode d’expression social… plus facile que le dialogue ». A qui la faute?

L’explication « politique » de Julien Dray, qui consiste à accuser le gouvernement, ne fait pas progresser le débat et ne constitue d’aucune manière l’esquisse d’une solution.

Mais on a coutume de dire aujourd’hui que nous sommes tous des victimes, des coupables ou des témoins défaillants. A des degrés divers et pour des raisons différentes. Avec d’égales explications et toujours la même dénonciation « c’est la faute à la société ». Cette dernière serait, dit-on, responsable de tous les maux par sa permissivité et son laxisme. Face à elle, on veut croire que l’homme subit plus qu’il ne maîtrise. Qu’il survit plus qu’il ne consomme. Qu’il admet plus qu’il n’entretient.

En 1977, il y a déjà si longtemps, le journaliste Roger Gicquel avait stigmatisé ces abandons par quelques citations à l’emporte-pièce. « La violence appelle la violence. La répression de la violence appelle la révolte plus forte… Si la violence appelle la violence, la peur appelle la peur et la peur appelle la violence ou la désertion ». Rien n’aurait donc vraiment changé…

La petite délinquance a toujours droit de « cité ». La révolte des banlieues est devenue légitime. Les délits commis par des mineurs de moins de 13 ans sont d’une banalité exemplaire. Nul n’est plus assuré de retrouver sa voiture intacte au parking. Rien n’est plus « normal ».

Serait-ce donc la faute au climat social si la violence a augmenté de plus de 50% en 30 ans? Serait-ce la faute au climat économique si le piratage informatique s’est développé ? Enfin, serait-ce la faute au climat « tout court » si le vandalisme est devenu sport national ? Le citoyen se trouve toujours de bonnes excuses quand il assiste, désarmé, à cette dégradation. Partagé entre la peur panique de ne pouvoir y échapper et la peur viscérale d’intervenir. Préférant baisser la tête et se montrer discret. Le citoyen devient cet être anonyme qui consomme de la société comme d’autres des vitamines. Concerné par les affaires du monde et celles de son pays uniquement lorsqu’elles le touchent directement. Bref, la flamme du « citoyen inconnu » brûle désormais à chaque coin de rue. « Rallumée » périodiquement en de grandes occasions pour nous rappeler nos propres… démissions.

 

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