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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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ENERGIE

« Gaz à tous les étages ». La formule a un peu vieilli et ne figure plus guère au fronton des immeubles comme jadis. Elle avait pourtant ce « parfum » de modernité qui fleurait bon la reconstruction d’après-guerre. Elle démocratisait le confort et l’assurait aux particuliers pour « pas cher ». Le gaz remplaçait le pétrole et la chaudière à bois. Il allait faire reculer la misère sous tous les toits. Ce n’est, hélas, plus le cas aujourd’hui. Car le gaz n’est plus vraiment une énergie. C’est devenu une monnaie d’échange, de pouvoir et de spéculation. Et s’il augmente encore à partir du 1er avril, ce ne sera ni en raison d’une éventuelle pénurie ou de travaux sur le réseau, mais en fonction du prix proposé pour l’action.

Gaz de France, dans sa course au profit et sa perspective de fusion avec Suez, doit désormais choisir entre le consommateur et le boursicoteur. Mais ce dernier semble avoir de très loin la préférence. Et, pour le convaincre et l’appâter, il faut faire monter les cours pour les ajuster et les mettre à parité sur ceux de Suez. Bref, pour bien faire et finir de rassurer les marchés, il faudrait augmenter les prix de 16% avec une première hausse dès la semaine prochaine.

Bien sûr, le discours officiel est tout autre et le patron de Gaz de France affirme que la société « ne peut vendre au dessous de ses coûts ». Mais l’argument paraît bien fallacieux quand on sait que l’entreprise publique a enregistré, l’an dernier, des bénéfices historiques avec un résultat net de près de 1,7 milliards d’euros, soit en progression de 29%. Quant au dividende par action, il est en hausse de 48% par rapport à 2004, ce qui se passe de tout commentaire. On ne peut faire moins… misérable.

La faute en revient, bien sûr, au pétrole sur lequel le prix du gaz est indexé. Mais si tout le monde a dénoncé cette indexation, personne n’a encore trouvé le moyen d’y mettre fin. Pas étonnant, dès lors, que le ministre de l’Industrie soit bien embarrassé. Thierry Breton,  qui avait déjà freiné les « appétits » du Président de Gaz de France,  Jean-François Cirelli, en novembre dernier, en ne lui accordant que 3,8% de hausse, puis en gelant les prix au 1er janvier dernier, s’interroge encore sur l’opportunité d’une nouvelle augmentation. Mais, après avoir déjà « triché » avec la vérité des prix, il sait qu’il n’a plus, aujourd’hui, d’autres issues que de laisser faire ou d’augmenter encore la facture différée. Sauf à refuser de privatiser… le Gazier.

 

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