Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
L’enfant l’appelait « Papa »… Cette évocation, à elle seule, suffit à glacer d’effroi comme elle a plongé les jurés dans le désarroi. Quelques minutes auparavant, ils avaient eu à endurer la liste des sévices infligés à Dylan pendant quatre mois. Quatre mois de souffrances, de tortures, d’humiliations et de coups pour ce petit bonhomme de quatre ans.
Le garçonnet aimait sa « maman ». Au point de ne jamais se plaindre. Et cette dernière « avoue » qu’elle aurait voulu devenir institutrice de maternelle. Elle murmure même à la cour qu’elle « adore les enfants ». Au point de livrer le sien à la violence sans limites de son concubin...
L’imagination du bourreau de Dylan donne la nausée. Celle des plaintes de cet enfant martyr fait pleurer. Morsures, brûlures de cigarettes, ingestion d’excréments et coups multiples à en mourir ont été son quotidien pendant plus de 120 jours. Hier, devant les Assises du Bas-Rhin, l’air était irrespirable et l’acte de mise en accusation malsain. Tout sentait l’horreur, l’ignominie, l’abandon, la lâcheté et la méchanceté.
Comment peut-on avoir 19 ans et faire autant de mal à un enfant?
Comment peut-on avoir 23 ans et accepter de voir son fils mutilé, torturé, déchiré, écartelé sans jamais s’interposer? Ce sont les deux questions principales auxquelles devront répondre les jurés. Et ils n’auront pas trop de deux semaines pour admettre qu’il puisse y avoir des arguments pour l’expliquer. Mais expliquer n’est pas comprendre. Et personne, pas même les avocats de la défense, ne pourra les convaincre que Dylan est mort par accident.
Ce petit garçon de quatre ans est allé « rejoindre » les statistiques de l’enfance maltraitée dans notre pays. Il redonne, hélas, un prénom à tous ces chiffres qui, chaque année, « comptent » la souffrance de près de 20.000 enfants. En oubliant parfois d’ajouter qu’ils sont aussi près de 68.000 à courir de grands risques. Et que, en tout, ils forment l’équivalent d’une ville entière en danger. Mais ce chiffre est encore trop « impersonnel » pour être vraiment imaginé. Alors, il faut se dire que chaque jour, en France, près de 250 Dylan sont martyrisés. Et s’en révolter plus que s’en… excuser.