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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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Ainsi donc, aujourd’hui serait le « jour J » du dénouement de la crise du CPE, le jour de gloire des millions de manifestants et le jour de vérité pour le gouvernement. Il faut l’espérer, tout en souhaitant également que l’on se remette au travail rapidement. Et que l’on puisse réfléchir sereinement sur la meilleure façon de permettre aux jeunes sans emploi et sans formation de se réinsérer. Sans emplois bidons, ni formations alibi, mais avec un contrat mieux né, mieux négocié et mieux compris. Ce qui ne veut pas dire un contrat pour… l’éternité. Car, un jour, il faudra bien se résoudre à analyser cette crise du CPE et à constater qu’elle a été fondée sur une double ambiguïté. Entre emploi et solidarité. Entre flexibilité et frilosité.

A entendre certaines critiques politiques et syndicales qui dépassent le simple cadre du Contrat Première Embauche,  on a, en effet, l’impression que d’aucuns voudraient que l’emploi en France soit comme une sorte de train « Paris-Marseille ». On entrerait en activité vers 18-27 ans, ou plus jeune, avec un Bac, une licence ou un CAP, comme on entre à Paris gare de Lyon. Selon son classement, on aurait alors « droit » à la première ou à la seconde classe, côté fenêtre ou côté couloir, formule duo ou quattro. Et l’on ne sortirait du train qu’à la gare Marseille Saint-Charles, à l’âge de la retraite, 50 ans pour les uns, 55 pour les autres et 65 ans pour les moins chanceux. Tout le monde serait ainsi sur des rails et voyagerait dans l’emploi en toute sécurité, augmenté à l’ancienneté et promu par élection. Avec le risque faible d’un déraillement inopportun, d’une coupure de courant tout aussi rare et l’assurance d’un paiement négocié en cas de grève. Mais cette utopie, fondée sur un communisme décadent et une vision étriquée du travail et de la liberté, ne résiste pas à l’analyse et confine à l’absurdité. La sécurité, certes, voudrait que l’on soit tous fonctionnaires, sans chefs, ni autorité, ni contraintes, ni devoirs, ni objectifs, ni ambitions. Sauf qu’aucun Etat ne pourra jamais se payer de tels employés. Et les rares qui ont essayé ont tous aujourd’hui presque disparu, laminés par les dettes et les révoltes, épuisés par les inégalités et l’isolement de leur société compartimentée.

En fait, à confondre humanité et activité, emploi et individu, on se trompe toujours de combat. Car ce n’est pas l’emploi qu’il faut protéger, mais l’individu. L’emploi en tant que tel n’est qu’une activité de l’homme et non le contraire. On ne naît plus aujourd’hui pour être chaudronnier à vie, conseiller commercial pour l’éternité ou chômeur à… mort. Il n’y a pas de honte à changer, à progresser, à se former ou à se tromper. Les Danois l’ont si bien compris qu’ils protègent l’homme quand il se trouve en difficulté. Ils l’entourent alors de subsides et d’affection, de formation et de formateurs et l’aident à se réinsérer au plus tôt. Non pas tant par pure générosité, mais pour épargner les finances publiques mises ainsi à contribution pour le bien de la société toute entière. Ah ! certes, ce n’est pas le modèle français, qui n’en finit pas de perdre écrous et boulons, c’est à la fois tout son contraire et beaucoup mieux. A tel point que l’on serait bien inspirés de… l’analyser.

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