Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Finalement, l’Italie n’est guère mieux lotie que la France. Sauf que c’est l’incertitude du pouvoir, et non la dictature de la rue, qui lui gâche la vie. Et, comme si cela ne suffisait pas, les sondages lui ont donné, hier, ce zeste de suspense supplémentaire propre à déjouer tous les commentaires et tous les espoirs. Jamais, sans doute, journée électorale n’aura été aussi mal vécue. Alors que, l’après-midi, Romano Prodi célébrait presque sa victoire, un café à la main, et que l’on cherchait partout Silvio Berlusconi, quelques heures plus tard, les pronostics s’inversaient, faisant disparaître « il professore » et renaître « il cavaliere ».
Ce coup de théâtre, bien dans la tragédie italienne, est tout à la fois salutaire pour la démocratie et catastrophique pour le pays. Certes, il remet définitivement à leur place les sondages de sortie des urnes qui ne sont que des photographies éphémères et… aléatoires. Certes, il prouve que rien n’est joué d’avance et que tout candidat devra désormais prendre le risque de se taire tant que les résultats ne seront pas définitifs. Mais, hélas, il laisse aujourd’hui l’Italie avec deux candidats au coude au coude et à couteaux tirés, tout juste séparés par quelques « malheureux » milliers d’électeurs et quelques dizaines de sièges, avec une majorité toute relative pour gouverner. Et les Italiens, qui se sont déplacés en masse pour voter, prouvant qu’ils fondaient beaucoup d’espoir sur ces Législatives, n’ont en fait rien gagné avec ce scrutin, sinon l’assurance d’être mal dirigés.
Mais, plus encore, la particularité de ce système électoral « à double proportionnalité » a sans doute poussé à l’extrême la caricature de ces coalitions d’intérêts. Aussi hétéroclites d’un côté que de l’autre, faites de bric et de broc, elles ne se sont même pas vraiment départagées dans les urnes. Car si l’une a gagné en terme de sièges, l’autre a gagné en terme de voix. Bref, elles n’apparaissent plus aujourd’hui que comme une collection de pin’s et de logos, à qui il ne manquerait que quelques sponsors pour faire plus joli.
Bref, de ces élections législatives d’hier, rien ne peut vraiment sortir de bon. Sauf, que l’Italie se retrouve encore aux prises, ce matin, avec au moins deux… « couillons ».