Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
C’est à croire qu’ « elles » ont peur de le manquer. Le 19 juin n’est pourtant, cette année, ni un dimanche, ni un jour chômé. Ni un vendredi, ni un jour férié. C’est bêtement un lundi, tout comme l’accident qui lui aura coûté la vie. Coluche est mort depuis 20 ans, mais plus personne ne « respecte » cette triste date d’anniversaire. Tout le monde court après, ou plutôt avant, de peur que telle ou telle chaîne ne prenne des parts de marché à sa place. Et, surtout, de la juteuse publicité.
France 3 a célébré la mort de l’artiste avec plus d’un mois d’avance sur ses concurrents. Mais une radio périphérique avait déjà donné le ton dès le 25 avril en précisant que c’était complètement légitime puisque Coluche « appartenait à Europe 1 » (sic). Ajoutant cependant : « cela n’empêche pas qu’on fera une deuxième journée en hommage le jour de l’anniversaire de sa mort ». France 3 aussi… le 16 juin.
M6, quant à elle, a programmé une soirée Coluche le 5 juin. TF1 a déjà prévenu les hebdos de télévision qu’elle penserait au grand homme le 9 juin avec un « Top spécial ». Il est vrai que la soirée du 19 juin était déjà réservée pour un match de football de la Coupe du monde. France Inter a prévu une émission le 12 juin. Et l’on attend désormais les dates retenues par Canal +, la Cinq et France 2, pour ne parler que des chaînes historiques. Car les « thématiques, Comédie, Paris-Première et autres ont déjà pris des options. Mais les dates du 13, du 17 et du 18 sont encore libres. Provisoirement !
Ainsi donc, la mode semble prise de « célébrer » l’évènement avant même qu’il ne se produise. Pour de strictes raisons mercantiles. Reste à savoir si cela deviendra une coutume, comme la fête qu’il est de bon ton de souhaiter la veille. Auquel cas, on pourrait proposer d’étaler l’anniversaire de la mort de Jacques Brel sur tout le mois de septembre. Et « Noël » sur tout le mois de décembre. Mais c’est un mauvais exemple car c’est déjà un peu le cas en matière de publicité.
Finalement, il n’y a que les dates anniversaires des grandes guerres ou de la révolution qui ne changent pas ou sont rarement « anticipées ». A croire qu’elles n’intéressent personne en terme de parts de marché. Ni les médias, ni les annonceurs, ni les auditeurs ou téléspectateurs. Sauf pour les… congés.