Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Personne n’a encore osé. Mais une suprême question de philosophie aurait pu être posée, aujourd’hui, en ce jour de début des épreuves du bac 2006. « Le bac, à quoi ça sert » ? Au lieu de cela, les élèves auront sans doute le choix entre Montaigne et Rousseau, Jean-Paul Sartre ou Luc Ferry. Pourtant, une telle interrogation pourrait faire avancer le débat entre les tenants du conservatisme et les partisans de la réforme. D’un côté, les uns plaident pour le maintien d’un examen qui, ni brevet de fin d’études, ni garantie d’éducation, apparaît, au fil des ans, un peu plus « dévalué » chaque année. De l’autre, les opposants ne savent comment remplacer l’épreuve, sinon par une sélection accrue, avec le risque d’une« discrimination » scolaire au gré de la carte du même nom, ou par des concours d’entrée aux universités dont personne ne veut. Tous ont, certes, de bons arguments à faire valoir, mais l’ensemble constitue un tas de mauvaises raisons pour démanteler un examen qui a, au moins, le mérite d’exister. Depuis près de deux cent ans.
En attendant de disserter à l’envi sur le sujet, un peu plus de 500.000 candidats vont aujourd’hui plancher plusieurs heures et suer sang et eau sur des problèmes existentiels. 140.000 examinateurs et correcteurs seront à leur « chevet » pour les surveiller, les priver de portable si besoin et les noter judicieusement. Quant aux parents, ils seront tout aussi stressés que leurs enfants, partagés entre le devoir de se taire et le besoin de savoir, contraints d’encourager sans pouvoir aider. Et, surtout, s’abstenant de juger en toute circonstance.
Tous, élèves comme adultes, éducateurs comme enseignants savent que cette épreuve n’est qu’un passage. Car l’éternel problème en France n’est pas tant que le bac ne sert à rien, mais qu’il ouvre à tout.
Ni garantie d’emploi, ni véritable passeport pour hautes études, il n’a certes pas d’avenir, mais il en entretient toujours… l’espoir.