Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Serge July serait sur le départ ! La nouvelle, révélée hier soir sur le site internet de « l’Express », risque de faire l’effet d’une bombe. Et il n’est pas sûr que « Libération » n’en fasse pas les frais. Car le départ du fondateur, s’il se confirme, sonnera aussi comme la fin d’une époque pour ce journal qui ne fonctionne désormais, même si la rédaction s’en offusque, que grâce aux subsides d’Edouard de Rothschild.
L’argent n’a, certes, pas d’odeur, mais « il » devient parfois insupportable quand ceux qui le recoivent passent leur temps à le dénigrer. Il réclame alors des comptes et Serge July ne pouvait plus en donner. Tout comme il n’était plus sûr de vraiment diriger le quotidien depuis la motion de défiance du 15 décembre dernier qui l’avait profondément affecté.
Cet ancien compagnon de route de Daniel Cohn-Bendit avait pourtant bien changé et acquis au fil des ans une certaine forme de notabilité. Rédacteur en chef à la création de « Libération » en 1973, il en était devenu le directeur-chroniqueur en chef depuis 1981. L’arrivée de la gauche au Pouvoir l’avait certes consacré, mais elle l’aura aussi épuisé. Moralement et financièrement. Car il n’est pas bon d’être dans la majorité quand on a « grandi » dans l’opposition. On ne peut guère brûler ce qu’on a adoré. Et l’on est bien vite accusé de « complicité ». Puis de trahison. Voire de défection. Alors que Serge July aura été de tous les combats, de toutes les tensions et de toutes les révolutions. Proche de ses journalistes, de Florence Aubenas comme de bien d’autres, il est resté fidèle à ses amitiés, à ses rêves et à ses idées. Il ne voulait pas d’un « journalisme couché » et se réclamait « activement contemporain ».
Reste que Libération a dû être recapitalisé par le groupe Chargeur en 1996. Mais l’argent frais du transporteur n’aura pas suffi à lui redonner un élan suffisant. Pas plus que le magot du groupe Rothschild l’an dernier. Aujourd’hui, cependant, il ne faudrait pas faire de July un martyr et croire que la situation économique du journal coûte sa place à son historique patron. Puisqu’elle pourrait, pour une fois, lui rapporter enfin. Sous forme… d’indemnités.
Rescapé d’un grave accident de voiture en 1993, Serge July se considérait lui-même comme un miraculé. En fait, depuis cette époque, il savait sans doute déjà qu’il n’était plus qu’en…sursis.