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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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PROUESSE

L’authentique exploit de la semaine est à mettre au crédit de l’Equateur, ce petit pays de 12 millions d’habitants deux fois plus petit que la France qui s’est qualifié pour les 8ème de finale de la coupe du Monde de football. Cette ancienne juridiction de la couronne d’Espagne s’est imposée hier très largement face au Costa Rica, après avoir disposé de la Pologne, faisant ainsi indirectement le bonheur de l’Allemagne, elle aussi automatiquement qualifiée. Les descendants des Incas ont ainsi montré qu’ils avaient de la ressource et, surtout, permis au monde entier de braquer ses projecteurs sur leur situation économique et sociale. Cela peut paraître insignifiant, mais cela pourrait pourtant leur sauver la vie. L’Equateur a, en effet, bâti l’essentiel de son développement actuel sur le secteur pétrolier. Or l’on sait que ses réserves d’or noir seront sans doute épuisées d’ici trois ans, replongeant le pays dans une grave crise d’endettement. Car ce n’est pas l’élevage de crevettes, dont l’Equateur est le premier producteur mondial, qui suffira à combler le vide laissé par cette industrie.

Dès lors, la victoire des Tenorio, Delgado et Kaviedes, pour ne citer que les buteurs, n’apparaît pas seulement comme un symbole et un cri d’orgueil, mais aussi comme un véritable appel à l’aide. Il faut dire que le pays est ravagé par la dengue classique et ictéro-hémorragique et que les cas de choléra, leptospirose, paludisme, leishmaniose et de peste, notamment dans la province du Guayas, ne sont pas rares. La France tient d’ailleurs un peu l’Equateur, bordé au nord par la Colombie et au sud par le Pérou, comme un pays « pestiféré » où « le niveau de la délinquance impose partout une vigilance constant face aux risques de vol et d’agression », comme le souligne la cellule de veille du ministère des Affaires étrangères. Mais la plus grande des maladies de ce territoire d’Amérique latine est sans doute la corruption qui a enrichi les élites et aggravé la misère, tandis que l’exploitation pétrolifère a pollué terres et rivières.

Autant dire que ses atouts actuels sont pour le moins réduits. Avec quatre présidents en huit ans, le pays apparaît désordonné, mal gouverné et divisé. Ses prouesses en Coupe du Monde n’en sont donc que plus méritoires. Reste à espérer qu’elles lui servent de coup de pouce. Et pas seulement pour… pousser le ballon.

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