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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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OBSTINATION

Le vote à bulletins secrets a été refusé au Japon. Il aurait permis toutes les compromissions et caché bien des arrangements. Or, en matière de pêche à la baleine, le pays du soleil levant a largement démontré que tous les coups, ou presque, étaient permis. Depuis 20 ans, il lutte sans relâche contre le moratoire qui interdit les captures à des fins commerciales. Et non content d’avoir déjà obtenu le droit de chasser 440 baleines Minke par an pour des raisons soi-disant « scientifiques », il revient chaque année à la charge devant la Commission baleinière internationale pour obtenir plus. Voire le doublement de son « quota » ou même la disparition totale de cette restriction.

La CBI, réunie depuis hier dans les Caraïbes, résiste encore, mais elle s’affaiblit. Elle a ainsi refusé deux des propositions du Japon dont la moins importante n’était pas d’inclure les petits cétacés, comme les dauphins et les marsouins, dans la « campagne scientifique » autorisée. Mais, d’ici mardi, la partie n’est pas encore gagnée et seules trois voix d’écart séparent encore les tenants de la « liberté », emmenés par le Japon, la Norvège et l’Islande, des opposants historiques comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la Grande-Bretagne. C’est à peu près la même différence de voix que l’an dernier en Corée, mais plusieurs pays « traditionnellement » alliés au Japon n’ont pu participer au vote. Il faudrait, certes, 75% des votes pour mettre fin au moratoire, mais rien n’est impossible pour ce pays d’une grande obstination.

Le mot « traditionnellement » a son importance dans cette bataille où la cruauté le dispute à l’hypocrisie. Car le Japon mélange à l’envi deux pans de sa culture, l’exquise politesse et la tenacité, pour satisfaire une tradition simplement alimentaire. La viande de baleine est en effet destinée à alimenter les restaurants tandis que la graisse est utilisée pour les produits de beauté. Or, sous prétexte de recherche « scientifique », Tokyo persiste à argumenter que les 7.000 baleines tuées depuis 1986 n’ont toujours pas permis d’en savoir plus sur leur biologie et leur mode de reproduction. Quant au monde entier, il fait aussi semblant d’y croire, persuadé que la modernité du pays saura, un jour, prendre le pas sur la tradition.

Alors, avec opiniatreté, le Japon continue à faire assaut de politesse auprès de petits pays, comme la Mongolie, qui n’ont pas d’accès à la mer. Il multiplie les aides au développement auprès des nations du Pacifique et des Caraïbes et dispense également des subsides conséquents à l’Inde et à l’Argentine. Car il n’est pas de voix perdus, il n’est que des voix qui comptent. Et chaque voix qui compte est à gagner. Le Japon cultive ainsi les paradoxes et cette patience exemplaire qui lui font méditer éternellement ses récits populaires telle « la vengeance des frères Soga ». Cette histoire féodale de deux enfants orphelins de 3 et 5 ans, qui ont longuement attendu leur majorité pour aller venger leur père, est, pour eux, un hymne ancestral à la fidélité. Dès lors, même si l’on doit la combattre, il nous faut bien comprendre que la fidélité du Japon à la pêche à la baleine n’est pas affaire de… génération.

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