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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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HONNEUR

« L’excuse de provocation » existe en Droit français. Mais elle est strictement réglementée pour éviter des débordements disproportionnés. Pour éviter justement la loi des cités. « Œil pour œil, dent pour dent » ou la « la loi du talion » et bien d’autres. En effet, elle est toujours invoquée pour justifier l’injustifiable. « Il m’a fait une queue de poisson sur l’autoroute », « il a insulté ma mère », « elle m’a traité d’impuissant », « il m’a regardé de travers » et j’en passe. Les prétoires sont pleins de ces histoires qui finissent mal et prouvent que l’être humain n’a pas toujours toute sa tête. Au point de se comporter comme un animal blessé et de « mordre » au moindre mal.

L’excuse de provocation est aussi rarement… reconnue. Tout simplement pour éviter que les guerres ne débutent et ne s’arrêtent jamais. Car il n’y a finalement pas de si grande différence entre le comportement d’un Zidane sur le terrain et celui d’un gouvernement israélien sur le territoire libanais. Dans les deux cas, il s’agit, dit-on, d’une question « d’honneur », de fierté, d’orgueil national et de « justice », sans aucune autre échappatoire. Au lieu de dire à Materazzi, comme jadis on l’aurait dit en classe, « toi, je te retrouve à la récré », Zidane a préféré se laisser aller tout de suite à sa petite vengeance, mettre immédiatement en péril son équipe et ternir une finale mondiale. Bref, faire « payer » la planète entière pour avoir la satisfaction, voire la certitude, de ne pas laisser un « crime » impuni, que l’arbitre n’avait pas entendu. De la même manière, Israël bombarde Beyrouth, au risque de tuer des populations civiles, pour se venger d’un Hezbollah sanguinaire et insaisissable que le Liban ne punit pas.

« Si je ne l’avais pas fait, c’était lui donner raison » a dit le capitaine des Bleus pour justifier le fait qu’il ne regrettait pas son geste. Que sa mère ou sa sœur étaient une « p… » ? Ou qu’il aille se faire « enc… » ? Piètre justification. Materazzi ne connaît sûrement ni l’une, ni les autres, ni la mère, ni la sœur de Zidane et encore moins les mœurs sexuelles du Marseillais. Enfin, peut-on le supposer… Mais, en digne macho sicilien, qui n’aurait jamais rien entendu de tel, dans les banlieues de la Castellane ou d’ailleurs, ni des « nique ta mère » par paquets de douze, ni même des « fils de p…. » par milliers, il s’est brutalement offusqué de ce l’on pouvait non seulement oser lui tirer le maillot, mais aussi l’insulter.

Zidane, comme Israël, plaide la « légitime » défense. Et demande que l’on punisse Materazzi. « Il faut sanctionner le vrai coupable, et le vrai coupable est celui qui provoque ». L’homme est ainsi de chair et de sang, de bêtise et de contradiction. Comme tous ceux qui se réclament du Droit après l’avoir copieusement bafoué.  Sauf que pour l’un, la page est déjà presque tournée, alors que pour les autres, la guerre vient de… recommencer.

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