Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
A quelques heures des flonflons qui vont envahir ce matin, au pas cadencé, les Champs-Élysées et la plupart des communes de France, il n’est pas étonnant de constater que le « service militaire » retrouve une certaine jeunesse parmi le public. Selon "Valeurs actuelles", près de 60% des Français le regrettent. Et ce sentiment est le plus fort chez les plus de 35 ans. On sent bien en effet, depuis quelque temps, chez nos concitoyens, un profond désir de retour à l’ordre républicain, de réhabilitation de « valeurs » tels que la discipline, l’autorité, la laïcité et le respect. On entend de plus en plus de discours regrettant l’absence de structures favorisant le brassage social et l’intégration. Car l’école, hélas, n’est plus considérée comme un creuset suffisant d’éthique et de rassemblement. D’autant qu’elle ne prépare pas, ou si peu, les jeunes adultes à la dimension sociale du monde économique et industriel qui les attend.
Certes, il est toujours de bon ton de décrier « paquetage et fourragère ». La gauche « bobo » s’en est même fait longtemps une spécialité et, aujourd’hui encore, selon le même sondage, 52% des électeurs de gauche affirment que la conscription ne leur manque pas. Elle leur manque d’autant moins que, bien souvent, les plus virulents en ont été exemptés. Mais on constate, là aussi, que leur majorité est devenue bien… faible. Comme s’ils se mettaient, eux aussi, à découvrir, avec le temps, que la « chienlit », comme disait De Gaulle, n’a jamais nourri la République. Elle ne l’a, en tout cas, jamais « rassemblé ». Et, désormais, les « ghettos de société » n’ont jamais été aussi nombreux. Au détriment de cette « mixité » nécessaire prônée par l’ensemble des philosophes et humanistes.
Finalement, la plus grande bêtise du président de la République actuel aura peut-être été de supprimer le service militaire en 1996. Car, depuis dix ans, la France n’arrête plus de se déchirer et la fracture sociale de s’élargir. Le culte de la « différence » s’exprime au grand jour, que ce soit par le voile ou les démonstrations de « force », dans les rues ou sur les stades. Racisme et antisémitisme renaissent ainsi des conséquences perverses du prosélytisme et de l’ignorance.
Reste qu’il n’est pas forcément utile de réarmer la jeunesse d’un pays pour réveiller les consciences et rétablir les comportements. La conscription pourrait être civile, utile, mixte et pacifique. De nombreux candidats à l’élection présidentielle de l’an prochain l’ont déjà inscrit dans leur programme. Sincèrement ou opportunément. Mais cette réforme, seule, ne sera pas suffisante. Si l’on veut demain rassembler la France et ses enfants, il faudrait peut-être aussi modifier cette Marseillaise qui hurle à tue-tête, hier, comme aujourd’hui, sur le parvis de Paris, "qu’un sang impur abreuve… nos sillons".