Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Personne n’en parle, mais tout le monde y pense. Que ce soient Israël, l’ONU, le Liban ou le G8, tout le monde sait que la clé du Proche-Orient est en Syrie. Et tous les regards se portent en coulisses vers le fils d’Hafez Al-Assad qui a, en quelque sorte, repris la croisade anti-Camp David de son père en finançant et en armant de façon plus subtile tant le Hamas que le Hezbollah Chiite. Bachar, que Jacques Chirac, a, un temps, courtisé, croyant trouver en lui un allié plus « compréhensif », n’a en réalité jamais vraiment cédé un pouce de terrain à la diplomatie. Le jeune président a toujours cru que l’offensive américaine sur l’Irak était en fait le prélude à une attaque sur Damas. Que la Syrie faisait l’objet d’un « encerclement » et qu’il lui fallait donc s’y préparer. Quitte à multiplier les autres fronts et à « alimenter » la résistance irakienne pour retarder l’échéance. Voire alimenter l’ensemble de la résistance Chiite « régionale ». Quitte, là encore, à faire un mariage de circonstance avec l’Iran. Pour faire finalement du Liban une zone « tampon » apte à le protéger.
L’assassinat de Rafic Hariri au Liban, probablement par la main de Damas, aura été un avertissement « sans frais » que les Occidentaux n’ont pas assez pris au sérieux. Tout comme ils n’ont pas cillé lors du faux-vrai départ des troupes syriennes vers la Bekaa, gage apparent de bonne volonté tout en demeurant retrait de pacotille.
Reste que cette nouvelle crise au Proche-Orient pourrait être une aubaine pour Poutine qui rêve de reprendre la main dans cette région du monde. Certes, la Russie a perdu beaucoup de son influence, mais, depuis plus d’un an, elle multiplie les initiatives visant à redorer son blason. Même si cela est passé, en mai 2005, par la vente de missiles anti-aériens à la Syrie, la veille d’une visite officielle de Vladimir Poutine en Israël. Même si cela se poursuit par la construction d’une centrale nucléaire à Bouchehr, en Iran, Mais, aujourd’hui, à Saint-Pétersbourg, plus personne, plus aucun « Grand », n’est en mesure de faire mieux. Alors, quitte à manipuler des allumettes, autant laisser Poutine… se brûler en premier.