Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Bobigny n’est pas Berlin. Et pourtant ! Ce qui s’est passé le 21 juillet dans une cité parisienne n’est que la terrible « réplique » de ce que l’on a déjà pu voir le 9 juillet dans une capitale européenne. La sauvagerie en plus. Et la mort en « prime ». La publicité en moins. Dans le premier cas, l’agression a eu lieu sournoisement, dans une cave d’immeuble d’un bas quartier, alors que, pour l’autre, l’agression a eu lieu bêtement, sur gazon vert, et a été télévisée. Sauf que l’un des protagonistes est mort battu et étouffé, tandis que l’autre s’est relevé et continuera encore longtemps, sans doute, à insulter ses adversaires sur le terrain.
Dans les deux cas, il s’agit, dit-on, d’honneur bafoué.De cet « honneur » que l’on porte le plus souvent dans la culotte et qui fait voir rouge. Avec, comme prétexte, « il a insulté ma mère, ma sœur, ma copine »… ou l’amie de ma sœur, voire ma cousine. Avec, comme excuse, « il m’a fait une queue de poisson, m’a piqué ma place de parking ou m’a fait un geste »… du doigt évocateur.
Signe des temps ou de virilité, c’est cet honneur de petit coq qui « permet » toutes les dérives de comportement. Toutes les violences et tous les drames. Mais le plus triste, en réalité, est quand cette attitude suscite la compréhension, voire la compassion de tout ce qu’un pays compte aujourd’hui de « bobo » embourgeoisés, bien-pensants à la morale « élastique » comme les bretelles, le bulletin de vote ou les indignations. Qui viennent ainsi rejoindre la masse des « sans repères » ou « sans éducation » qui réagissent au « quart de tour » sans réfléchir, ni se poser de question.
L’histoire de Bobigny soulève le coeur. Les agresseurs de Yamine Djerroud ne portaient pas de maillot tricolore, mais ils avaient déjà joué au foot avec la victime. A la différence du « coup de sang » de Berlin, ils se connaissaient bien. Ils ont prémédité leur geste, organisé le guet-apens et n’avaient pas d’arbitre pour les arrêter. Ce qui aggrave leur cas, mais… « n’excuse » rien.