Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Quelle chaleur ! Les derniers chiffres « officiels », publiés hier, font déjà état d’une quarantaine de victimes dans l’hexagone. Et la période caniculaire est loin d’être terminée. Aujourd’hui encore, 53 départements ont été placés sous vigilance orange. Quant aux hôpitaux, sans enregistrer pour l’instant d’engorgement, ils notent cependant une hausse d’activité inhabituelle pour la saison. Pour autant, la solidarité nationale semble s’organiser. Un peu partout, les personnes âgées ont été recensées et sont régulièrement visitées. Enfin, l’appel du ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a, semble-t-il, été entendu puisque 380 médecins retraités parisiens se sont déjà portés volontaires pour venir en renfort des structures de soins existantes en cas de crise prolongée.
Le spectre de la canicule estivale de l’année 2003, qui avait fait 15.000 victimes en France, 2.000 victimes en Grande-Bretagne, un peu moins de 4.500 en Espagne et 5.000 en Italie, semble s’éloigner. Pour le plus grand soulagement de tous, des habitants comme des Pouvoirs publics. Pourtant, il y a encore lieu de s’interroger… De s’inquiéter… Et de se remettre en question. Le bilan d’une quarantaine de morts peut paraître « dérisoire » à l’échelle de notre pays, mais il est déjà très anormalement élevé. Du moins en comparaison avec les Etats voisins. Ainsi, alors que la canicule s’est abattue de façon uniforme sur l’Europe, il y a près de 10 fois moins de victimes en Allemagne et aux Pays-Bas et plus de quatre fois moins en Espagne. Pour ne citer que ces trois pays… Soit sensiblement les mêmes proportions qu’en 2003.
Certes, les Espagnols sont habitués à de fortes températures, mais cela n’explique pas tout . Force est de reconnaître aussi que les Allemands sont mieux organisés. Le fédéralisme a rendu les régions plus « responsables » de leurs populations et l’organisation des soins pour les personnes âgées apparaît en tout point remarquable. Du moins en comparaison avec nous. Car on ne pourra s’empêcher, encore une fois, de constater que la fermeture d’un nombre croissant de lits d’hospitalisation et l’habitude désastreuse de ne pas remplacer les personnels en juillet-août transforme l’été français en période de tous les dangers. De ce point de vue là, les 35 heures n’ont d’ailleurs rien arrangé, diminuant encore plus les soignants en activité ou augmentant les congés et récupérations. C’est selon, mais cela aboutit au même résultat. Comme si les pathologies, elles, prenaient des… vacances.
Le médecin-écrivain Martin Winckler avait, en son temps, dénoncé cette « exception » française qui veut que notre société vive dans le déni du vieillissement et de la mort. La France réagit donc toujours au coup par coup, avec plus ou moins de bonheur, négligeant tout recueil sérieux des données épidémiologiques et toute réforme en profondeur des pratiques sanitaires l’été. Au nom du sacro-saint droit aux congés et de la prétendue maîtrise comptable des… dépenses de santé.