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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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THEATRE

Il n’est jamais trop tard, dit-on, pour bien faire. Pas si sûr ! Car désormais le monde entier aura compris que la France n’a plus les moyens de ses ambitions. Et ce ne sont pas les 1.600 soldats supplémentaires que Jacques Chirac a finalement décidé, hier soir, d’envoyer au Liban qui  changeront fondamentalement la donne. Enfin, nous sommes encore loin des 3.500 hommes qui devaient être déployés de toute urgence par la communauté internationale avant… demain. Quant à parler d’une Finul élargie de 15.000 hommes pour remplacer tous les combattants israéliens sur le théâtre des opérations, il est sans doute encore trop tôt, hélas, pour en dessiner les contours. Paris envoie donc un renfort « à l’économie » après avoir prétendument obtenu d’Israël et du Liban les « garanties » et les « clarifications nécessaires » au déploiement de la force. Ce qui est sans doute vrai « sur le papier », mais ne sert à rien sur le terrain puisque le vrai danger vient quasi exclusivement du Hezbollah.

Le chef de l’Etat est apparu un peu contraint et forcé. En tout cas, il n’a pas eu d’accent gaullien, hier soir, dans son intervention. Il s’est voulu justifiant plus que convaincant. Et, en brandissant une fois de plus le mythe des liens unissant la France au pays du Cèdre, il n’a trompé que… lui-même.

Le Liban est, en effet, sorti depuis très longtemps de l’orbite hexagonal. Nous ne sommes plus au temps où Napoléon III dépêchait sur place un corps expéditionnaire pour protéger les chrétiens. Si Paris a pu, certes, rêver un moment, après la « victoire » de 1918, de garder son mandat sur le Grand-Liban, en vertu des accords Sykes-Picot, ce fut bien éphémère. Par la faute sans doute au confessionnalisme et à l’hégémonisme maronite. Par la faute aussi au régime de Vichy et à la Syrie. Mais quand l’indépendance fut proclamée en 1943, alors que le Liban était déjà occupé depuis deux ans par la Grande-Bretagne, elle le fut sur les « cendres » des liens historiques avec la France. Par le biais du « pacte national » selon lequel , entre autres, les chrétiens renonçaient à la protection française.

Jacques Chirac semble avoir fait du Liban, depuis l’assassinat de Rafic Hariri, son affaire personnelle, oubliant que ce pays, en raison de la consolidation du confessionnalisme, est devenu, depuis plus de 20 ans, la proie des milices. Cette affection sincère ne devrait pas, pour autant, l’aveugler au point de croire que l’on pourra les désarmer d’un seul coup de cuillère à pot. Or il n’y a pas, dans la résolution 1701, de référence au chapitre VII de la charte de l’ONU permettant de recourir à la force. Pas plus hier soir que la semaine dernière.

Le chef de l’Etat espère cependant que son « geste » aura un effet d’entraînement sur les autres gouvernements européens. L’espoir fait vivre. C’est sans doute aussi ce que doivent souhaiter tous les soldats français en route… pour Beyrouth. 

 

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