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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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SACRIFICE

Ah quel orgueil, ou quelle fierté, il a fallu à cette homme pour refuser pendant quatre ans d’avouer qu’il avait agi au mieux pour le PS ! Pour taire qu’il avait volontairement sacrifié sa propre personne pour tenter de sauver ce qui pouvait encore l’être, à savoir les élections législatives à suivre. Quel sens de l’honneur de vouloir ainsi protéger ses troupes du mauvais sort, évitant plus de morts au « champ d’honneur », quitte à être mal compris ! Mais quel dépit aussi, pour lui, de s’apercevoir que personne n’avait compris son geste ! Ni ses ennemis, trop heureux de l’enterrer, ni ses amis, qui n’ont jamais réussi à faire passer le message. A moins, finalement, que ce retrait ne les ait tous arrangés. Eliminant ainsi le « meilleur » d’entre eux pour laisser place à tous les appétits de l’ombre, à tous ces seconds couteaux qui attendent éternellement dans l’antichambre la moindre maladresse et la plus petite indigestion.

Hier soir, Lionel Jospin avait des larmes dans les yeux. Seul dans la tempête de 2002, il est resté seul dans la défaite. Hanté de longues années et condamné à purger sa peine. Accusé jadis de désertion, d’abandon, victime expiatoire de tant de désillusions, il est sorti hier, de son silence, comme on sort de sa retraite, sans recul, ni protection. Comme on sort du bagne, blanchi, osseux et un peu désabusé. L’émotion était si forte qu’elle a submergé les militants et éclairé l’homme d’une nouvelle dimension. Celle d’un être sage, juste et honnête, qui ne sourit pas d’un rire niais, ne compose pas avec « l’ennemi », refuse de trahir ses convictions et ne parle pas pour ne rien dire.

Hier soir, Lionel Jospin a « tétanisé » le PS. Les jeunes élèves socialistes de l’université d’été se sont aperçus qu’il existait encore des professeurs et des maîtres à penser. Hier toujours, les vrais militants ont appris que la politique n’était pas science exacte, que même les plus grands théoriciens pouvaient se tromper et que les meilleurs n’étaient pas à l’abri des erreurs. Hier enfin, les électeurs auront compris qu’une élection n’était pas un diplôme de plus à conquérir, une élection des Miss à réussir ou un titre du Rotary à faire valoir. Tous auront senti sans doute qu’une candidature suprême ne se déclarait pas à main levée, qu’elle ne se décrétait pas à l’arraché ou à la faveur d’une empoignade. Qu’elle n’était ni question de pesée ou de parité, mais de larmes et de sang, de doutes et d’espérances, d’abnégation et de souffrances, de vocation et de désintéressement. Cherchez « l’erreur » !…

Grâce à La Rochelle, l’histoire retiendra désormais que Lionel Jospin s’était sacrifié pour le parti. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que le parti d’aujourd’hui veuille maintenant se sacrifier… pour lui.

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