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Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité

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POIGNE

Le monde a décidemment bien changé. Et les enseignants, qui ont déjà programmé une journée de protestation et un mouvement de grève, ne savent plus à quel saint se vouer. Alors que, ce matin, plus de 10 millions de petits Français rejoignent les bancs de l’école et que la cloche sonne enfin la rentrée pour tout le monde, la communauté éducative se met à trembler. Pas seulement pour le sort des sans-papiers en passe d’être expulsés, mais aussi pour la révolution qui s’annonce dans les prochaines années. Car, quoiqu’il arrive, et quel que soit le président élu en 2007, qu’il soit habillé en jaquette ou en jupons, l’Enseignement ne sera plus jamais le même, l’éducation ne sera plus le savoir sans l’oppression et l’on ne pourra plus exprimer un droit sans s’obliger d’un devoir.

Hier, en effet, qu’il s’appelle Ségolène ou Nicolas, qu’il ait « enseigné » à Florac ou à Marseille, le futur candidat probable ou désigné a plaidé pour une reprise en main du modèle républicain. D’un côté, « l’ordre juste sera rétabli à l’école ». « Un deuxième adulte » sera présent « dans les classes quand c’est nécessaire ».  Il faudra dire aux enfants : « il faut travailler beaucoup, il faut travailler dur ». Quant aux parents, il faut les aider « à exercer leur responsabilité parentale, y compris par la création d’écoles de parents »… De l’autre, il n’y aura plus de passage automatique en classe supérieure. La carte scolaire ne sera plus « un privilège pour les uns, une fatalité pour les autres ». Les devoirs à la maison seront rétablis, tout comme les notes et les cours magistraux, etc.

Bref, Mai 1968 n’aura plus droit de citer. Il sera interdit de ne pas interdire. Il faudra respecter ses professeurs, lever la main pour parler, faire signer son carnet, éteindre son portable en classe. On ne pourra plus « fumer » à la récré, s’approvisionner aux portes du lycée, « claquer » le prof qui nous a mal noté. C’est la fin annoncée de la liberté. De toutes ces « libertés » de ne rien faire, de cracher ou d’insulter qu’on nous transmet depuis des années. Avec la bonne conscience d’une société qui pense que laisser faire, c’est progresser.

Cette dernière rentrée, les cancres devront donc bien en profiter. Car, demain, plus personne ne rasera gratis. Certains en pleurent déjà. Ils n’auront bientôt plus personne à qui se plaindre. Plus personne pour les protéger. Le prochain proviseur aura de la poigne et de l’autorité. C’est en tout cas ce que pensent et espèrent… Ségolène et Nicolas.

 

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