Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Les jeunes sont devenus aujourd’hui les enjeux de toutes les batailles. Mis en avant en toutes circonstances, aussi bien à Cachan, à Sangatte et à Paris qu’à La Rochelle ou à Marseille, ils sont tour à tour les alibis des immigrés, les préférés des politiques, les prête-noms des sans-papiers et la cause de tous les « opprimés ». Et si on ne les accuse pas de tout, incivilités, irrespect, insécurité, on les excuse volontiers du reste.
La réalité est sans doute plus complexe. Mais il ne fait aucun doute que la société doit prendre garde à cette instrumentalisation à peine déguisée de la nouvelle génération. Il est en effet trop facile de se réfugier derrière des arguments pseudo-participatifs pour s’attirer leurs bonnes grâces et éviter de prendre des décisions. Il n’est pas un « jeune », en effet, ou un moins jeune, qui applaudira sans sourciller à l’évocation de nouvelles sanctions. Mais il n’est pas sûr non plus qu’un jeune appréciera que l’on « tague » sans vergogne le mur de la maison de ses parents ou que l’on rackette son petit frère à la sortie de l’école.
Le « jeunisme » de certains de nos dirigeants, qu’ils soient dans la majorité ou dans l’opposition, doit avoir ses limites. Celles du bon sens et de l’autorité, celles de la bienveillance et de l’exemplarité, celles de la popularité et pas celles d’un « populisme » soi-disant éclairé. Car il ne faut pas confondre démocratie et démagogie, cette dernière étant une perversion de la première. Platon s’interrogeait déjà à son époque quand il constatait que la démocratie égalisait tout, même ce qui est inégal par nature. Et quand la démocratie « égalise » les relations entre le père et le fils, entre le maître et l’élève, entre l’adulte et le jeune, quand, surtout, le maître se met à craindre l’élève et le père ses enfants, elle tourne à la tyrannie. Ce n’est pas tant l’égalité qu’il faut rechercher, mais l’équité et l’honnêteté.
Il est sain que l’on se préoccupe des jeunes, mais plus de leur instruction, de leur formation et de leur accompagnement que de leur vote. Il est heureux que la société s’interroge sur leur devenir après avoir vécu à crédit sur leur dos et emmagasiné une dette qu’ils auront bien du mal à payer, mais il faut le faire avec discernement, propositions et débuts d’exécution. Car ils ne sont pas dupes ou ne le seront pas éternellement. Et, finalement, nous… non plus.