Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Il est parfois effrayant de constater combien la peur de perdre les élections conduit les hommes politiques concernés à faire assaut d’humanité et de générosité. Comme si l’heure était enfin arrivée des cadeaux électoraux. Au mépris des grands principes, des règles de droit et de la comptabilité publique. L’affaire du trop-perçu de la « prime pour l’emploi » en est un exemple saisissant. Ainsi, alors qu’hier matin l’on affirmait que 250.000 personnes allaient devoir rembourser tout ou partie des sommes touchées, on apprenait dans la soirée que la moitié d’entre eux, ayant perdu leur emploi en cours d’année, seront en quelque sorte dispensés de « double peine ».
Bien sûr, chacun est tenté d’applaudir à cette mesure prise par le Premier ministre. D’autant que ce dernier était surtout connu pour plus de rigidité et de ténacité, si l’on se rappelle la crise du CPE. Mais sa promptitude à réagir a quelque chose de gênant car, non seulement, elle fleure bon l’opportunité, mais elle créé de facto une autre… inégalité en « accordant » dorénavant la prime pour l’emploi à quelques chômeurs seulement. Au mépris du plus grand nombre. Une condition supplémentaire a donc été rajoutée pour l’attribution de la PPE créée par le gouvernement Jospin : avoir un revenu inférieur à 1380 euros par mois ou… avoir perdu son emploi dans l’année. Voilà qui risque de donner des idées l’an prochain à un certain nombre de foyers concernés en 2006 par la crise de l’emploi. Voilà aussi qui peut relancer les revendications de l’ensemble des chômeurs. Avec, au bout du compte, le risque non négligeable pour les finances publiques que chaque camp, en cette période « bénie » des électeurs, ne soit ni avare de promesses, ni chiche d’indemnités.
Il y a lieu de tirer quelques moralités de cette mésaventure. La première est sans doute que l’on ne peut pas « mensualiser » la générosité publique. Soit on l’accorde annuellement, au vu d’une situation donnée à un moment « T », soit on la refuse, mais on ne la module pas au gré du calendrier des saints et des aléas à venir qui, par définition, sont inconnus autant des bénéficiaires que des « généreux » donateurs.
La seconde est que, une fois de plus, la technocratie est source de bien des maux. Car la mensualisation de cette prime, qui était au départ une bonne idée, permettant aux personnes nécessiteuses de ne pas trop attendre les versements jadis effectués en deux fois, a été transformée en outil de contrôle et de sanction. Par la magie d’un contrôleur tatillon, d’un fonctionnaire zélé auquel rien n’a échappé sauf, peut-être, la… bêtise de la situation.