Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Le suspense est insoutenable, mais il faudra encore attendre ce soir pour connaître le successeur de Nicolas Sarkozy. Le jury du prix Presse club « Humour et Politique » 2006 est en effet intraitable et ne veut laisser place à aucune rumeur. Il ne veut pas non plus rentrer dans cette vaine querelle de l’équilibre des forces ou des temps de « parole », même s’il sait déjà qu’il sera accusé de partialité s’il ne désigne pas, cette année, Ségolène Royal. La «prétendante » des Deux-Sèvres a, il est vrai, quelques atouts pour succéder au ministre de l’Intérieur qui, en 2005, avait déclaré « je ne suis candidat à rien ». Elle s’est fait remarquer par deux fois notamment. La première en affirmant « même quand je dis rien, cela fait du bruit », et la seconde en prévenant les média lors de son voyage en Corse : « je ne parlerai ni des attentats, ni des incendies. Je ne parlerai que de la Corse qui travaille ». De quoi réveiller les morts !
Mais la concurrence est rude et le couple Sarko-Ségo est marqué à la culotte par deux députés socialistes plus anonymes qui, à cette occasion, pourraient prendre une stature disons… nationale. C’est ainsi qu’Odile Saugues, député du Puy-de-Dôme, a eu cette réflexion magnifique à l’égard du chef de l’Etat : « Mettre une taxe sur des billets d’avion qu’on ne paye jamais, c’est un comble pour un Président ». Quant à Pascal Terrasse, député de l’Ardèche, qui voyait sans plaisir Lionel Jospin reprendre du service au parti, il déclarait : « c’est la première fois qu’un déserteur passe ses troupes en revue ».
Mais l’humour « vache » ne vaut pas l’humour involontaire qui tombe « comme un cheveu sur la soupe » en pleine conférence presse. C’est ainsi que Dominique de Villepin a pu un jour affirmer haut et fort que « le pétrole est une source d’énergie inépuisable qui va se faire de plus en plus rare ». Une telle clairvoyance de la part d’un Premier ministre peut parfois laisser pantois. Sauf qu’on la retrouve également chez la ministre de l’Ecologie et du Développement durable qui s’est beaucoup « engagée » en confiant « je trouve qu’on a tellement de choses à se mettre dans la tête qu’il est inutile de s’encombrer le cerveau ». Enfin, que dire de Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires Etrangères, quand il confie « diplomatiquement » à qui veut bien l’entendre que « le Hamas a voulu faire une croix sur Israël ». Mais il est interdit de se moquer. Et tout juste permis d’en rire.
D’autres, bien sûr, ont droit de citer. Tel Philippe de Villiers pour qui « Docteur Sarko et Doc Gynéco, c’est la com et la came ». Mais on voudrait bien que le jury du prix ne confonde pas, ce soir, humour et répartie et distingue ainsi « l’innocence » de la… complaisance.