Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
« Tabac or not tabac”, that is the question. Réponse aujourd’hui avec le vote formel et la publication du rapport de la mission d’information sur l’interdiction du tabac dans les lieux publics, mise en place par la conférence des présidents des deux assemblées le 2 mai dernier. On peut déjà penser que ce rapport préconisera une interdiction totale dans tous les lieux publics. Et ce pour deux raisons. La première, anecdotique, mais pas seulement, tient en la personne de celui qui préside la commission. Claude Evin, ancien ministre, s’est fait en effet depuis plus de 15 ans le « chevalier blanc » de la lutte contre le tabagisme. Il est donc en parfaite adéquation avec l’actuel ministre de la Santé, Xavier Bertrand, qui déclarait le 27 septembre dernier : « la question n’est plus de savoir s’il faut interdire, mais quand et comment le faire ». Quant à la seconde raison, elle tient indirectement de la première car l’ancien ministre, averti plus que tout autre des « choses de la vie», a sûrement attiré l’attention des parlementaires sur les failles que pourrait présenter un dispositif « souple ». On a vu ainsi, par le passé, comment la Formule 1, pour ne citer que cet exemple, avait su s’affranchir allègrement des dispositifs mis en place par des « astuces » ou des raccourcis surprenants.
Les seules modulations possibles tiendraient donc à la date de l’application totale et à sa forme, loi ou décret. Mais il convient désormais de faire vite car la France n’est pas en avance sur ce problème. En Irlande, l’interdiction de fumer dans tous les lieux publics existe depuis le mois de mars 2004. En Italie, depuis le 10 janvier 2005. Pareil pour l’Autriche qui, cependant, a exclu les restaurants de l’application de cette loi. Enfin, pour clore une liste non exhaustive, la Suède a interdit la cigarette dans les bars et restaurants depuis le 1er juin 2005.
Finalement, la difficulté chez nous n’est pas tant d’assurer le sevrage des consommateurs, de supporter la mauvaise humeur des distributeurs ou la colère des buralistes, mais elle est d’assumer.
Elle est aujourd’hui, pour les parlementaires et dirigeants de ce pays, d’avoir la volonté et le courage de prendre une disposition qui pourrait certes sauver des vies, mais nuire à leurs ambitions. Voire même les réduire en fumée. C’est donc tout à la fois une question de santé et de… générosité.