Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Si le ou les deux premiers retards de livraison de l’A-380 annoncés par Airbus pouvaient encore être compréhensibles, il n’en est pas de même du troisième et, surtout, de la réponse « technique » apportée à ce problème. L’avionneur annonce, en effet, pour « compenser » , un vaste programme d’économies et de réorganisation industrielle.
D’habitude, face à un retard de cet ordre, deux ans, on aurait plutôt tendance à mettre les bouchées doubles, à susciter et encourager les heures supplémentaires, à mettre des primes au rendement, à embaucher des intérimaires et à faire pression de tout bois sur les sous-traitants. Le tout, bien sûr, pour éviter des pénalités monstrueuses, voire même des annulations de commande. Mais, foin de tout cela, EADS parle de se serrer la ceinture, de réduire de « 30% ses frais de fonctionnement », de supprimer des emplois par des « mesures d’âge » appropriées, de se séparer d’intérimaires et de CDD, de rationaliser ses chaînes d’assemblage et même de « conduire une analyse indépendante sur les responsabilités individuelles ayant entraîné les retards » de l’avion. Même « au niveau de la direction ».
En fait, Airbus et EADS choisissent dans cette affaire une stratégie défensive plus qu’une stratégie offensive. Et cette méthode laisse craindre, hélas, de nouvelles déconvenues et d’autres retards. Elle semble aussi indiquer que la « maladie » qui affecte la construction l’A-380 est plus d’ordre technique que purement industrielle. Même si le gigantesque « lego » entre Toulouse et Hambourg ne facilite sûrement pas les choses. S’agit-il alors d’un problème de moteurs, de résistance des matériaux ou de plan de charge impossible ? Difficile à savoir et impossible à prouver, ce genre d’activités étant plus protégé que n’importe quel secret militaire. Certes, le problème de câblage qui affectait le programme à ses débuts est aujourd’hui parfaitement diagnostiqué. Mais est-il, pour autant, complètement résolu ?
Il n’en reste pas moins que si l’on avait voulu « affoler » les foules, et notamment les clients, on ne s’y serait pas pris autrement. D’autant que plusieurs actionnaires « historiques », ainsi que certains dirigeants ou ex-dirigeants, comme Noël Forgeard récemment, ont déjà semblé prendre du recul en vendant une partie de leurs actions. Chacun sait pourtant que lorsqu’une direction bat de l’aile en pleine tempête, alors même que le nouveau programme A-350 ne décolle toujours pas, les réductions de voilure ne suffisent jamais à calmer… les vents.