Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Voilà un échec qui, comme il est l’habitude en France, ne veut pas porter son nom. Et pourtant il est retentissant. La grève à la SNCF, programmée et annoncée avec forces déclarations depuis plus d’un mois, a réuni hier à peine 30% de cheminots. Et sans doute beaucoup moins si l’on enlève les « permanents » qui sont justement payés pour empêcher les autres de l’être. Ce qui veut dire, concrètement, que plus de deux travailleurs sur trois ont préféré se rendre à leur poste plutôt que d’obéir « religieusement » au mot d’ordre syndical. Ce qui est, pour le moins, le signe d’une faible mobilisation, quoiqu’en dise la CGT, et si l’on veut bien se rappeler que ce mouvement avait été lancé par six syndicats sur huit. Pour autant, des milliers d’usagers ont, encore une fois, fait les frais de ce bras de fer continuel entre les organisations syndicales et la direction. Et cela suffit pour gâcher la vie de tout le monde, qu’elle soit économique ou familiale.
Reste que si le but était de tester la nouvelle Présidente, eh bien c’est raté ! Anne-Marie Idrac sort renforcée de ce conflit. D’autant plus qu’elle avait confirmé, deux jours avant la grève, qu’il n’était pas question de filialiser le fret et de dénoncer le « caractère intégré » de l’entreprise publique SNCF. Mais, sans doute prisonnière des ses banderoles et calicots, l’intersyndicale « amputée » n’a pas su arrêter le « convoi » à temps.
Ce fut donc, une nouvelle fois, une grève pour rien. Sauf que, en permettant aux syndicats de se compter, elle les aura peut-être incité à méditer sur leur perte croissante de représentativité. Faut-il d’ailleurs s’en plaindre ou s’en féliciter ? Car, c’est finalement la question essentielle que l’on doit se poser désormais. Au chapître des points positifs, on retiendra que les cheminots ont enfin compris, pour la plupart, que ce n’est pas en bloquant le fret que l’on trouvera le meilleur moyen de le faire avancer. Ils ont également voulu montrer, dans leur ensemble, que, si l’on voulait encore se servir d’eux comme des pions politiques sur le vaste échiquier d’une Présidentielle incertaine, il ne faudrait pas trop compter sur eux.
Cette prise de conscience est, certes, tout à l’honneur des cheminots, mais elle fragilise aussi les individus dans une société qui se cherche. Car, dans un monde qui avance à pas de géant et a tendance à laisser les plus faibles au bord de la route, il est bon que des organisations sociales se préoccupent plus de l’humain que de la « machine ». Il est nécessaire que des voix indépendantes puissent se faire entendre, au sein de chaque entreprise, non pour la ralentir, protéger des acquis dépassés sur des contraintes désormais inexistantes, ou la conduire à sa perte, mais pour l’obliger, sans que cela ne soit une vaste utopie, à prendre en compte les vraies valeurs d’une vie en société. Quitte à transformer définitivement des rapports de force à la Zola en rapports d’échange et de partenariat.
Il y a donc urgence à réformer les relations sociales et syndicales dans notre pays. Pour que chacun puisse y trouver… profit.