Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
L’information est devenue tellement superficielle et « mondaine » en France que, si l’on sait depuis deux jours que les Etats-Unis ont porté les démocrates au Congrès, l’on ne sait toujours pas ce que cela va changer concrètement. D’autant que, visiblement, la victoire de l’opposition dans les deux chambres n’a pas modifié radicalement la « posture » de George W. Bush. On entend dire simplement que Le Président va pouvoir désormais consacrer la majorité de son temps à laisser un nom à la postérité. Et que cette défaite républicaine va lui faciliter le « boulot ». D’autres estiment que démocrates et républicains vont devoir travailler ensemble. Et que le fruit de leurs cogitations communes devrait plutôt « servir » le Président, englué dans le conflit irakien et un colossal déficit budgétaire. George Bush, explique-t-on en France, va devoir composer avec Nancy Pelosi, future présidente de la Chambre des représentants. Car, comme l’a dit hier Harry Reid, futur vice-président démocrate du Sénat, « c’est le temps du changement, le temps de la coopération entre partis, le temps d’un gouvernement ouvert et transparent et le temps d’obtenir des résultats ».
Le « temps des cerises » aussi. Car la marge de manoeuvre des démocrates est étroite. Notamment sur le plan financier. Et question changement à la Maison-Blanche, on risque d’être rapidement « servi ». On aurait tort, en effet, de vouloir comparer ce qui se passe aux Etats-Unis à l’aune de nos institutions politiques. Nous sommes, dans un régime présidentiel où l’absence de possibilités de révocations réciproques fait qu’il ne sera jamais question de véritable « cohabitation ». Même si l’exécutif tiendra compte, bien évidemment, de l’opposition. En commençant, bien sûr, par « remercier » quelques boucs émissaires. Donald Rumsfeld a été le premier, mais il ne sera pas le dernier. Histoire de bien montrer que le « pouvoir », véritable « cadeau » empoisonné aujourd’hui, a bien changé de main.
Alors, ce qui est surtout étonnant à remarquer depuis deux jours, c’est la prodigieuse « flexibilité » avec laquelle les hommes politiques de ce grand pays prennent la mesure de leur défaite. Ainsi George W. Bush, qui avait très largement ignoré, « snobé » et dénigré ses adversaires pendant six ans, leur tend aujourd’hui la main, leur rend hommage et les invite même, comme hier, à déjeuner.
Finalement, George W Bush aura réussi le prodige de réaliser par deux fois le « doublé » au Congrès. En 2002, il avait tout gagné, devenant ainsi historiquement l’égal de Franklin Roosevelt et de Bill Clinton, et, en 2006, il a tout perdu. Mais, comme le pire n’est jamais certain, ce chef d’Etat élu par « accident » devant Al Gore en 2000 et réélu en 2004 par « croisade » contre Ben Laden, à défaut d’incarner le Président « magnifique » que l’Amérique réclamait, aura peut-être obtenu le seul titre qu’il convoitait. Avec deux ans d’avance. Celui de Président… honorifique.