Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Quand un pays en est réduit à cacher un philosophe et sa famille parce que qu’il n’est pas sûr de pouvoir assurer leur sécurité au quotidien, quand un pays préfère terrer un homme comme un chien qu’éradiquer une menace, c’est qu’il n’est plus maître chez lui. Depuis deux mois, Robert Redeker vit en marge de la société et n’assure plus ses cours. Protégé, assisté, « étouffé » et, semble-t-il, menacé pour l’éternité. Ce professeur agrégé s’est en effet rendu coupable d’un crime « inexpiable » en critiquant l’Islam par le biais d’une tribune libre publiée dans le Figaro du 19 septembre dernier. Ses propos peuvent, certes, être jugés excessifs et partisans, notamment lorsqu’il écrit que « Jésus est un maître d’amour, Mahomet un maître de haine » ou lorsqu’il ne retient du Coran que « haine et violence », à la différence de l’Evangile. La « lecture » de Redeker n’a pas fait, volontairement, et on peut lui en faire reproche, de nuances entre « le » prophète de La Mecque et le combattant de Médine. Tout comme elle a englobé dans une condamnation globale un livre sacré qui recèle pourtant bien d’autres richesses. « Tout bien qui t’arrive vient de Dieu, tout mal qui t’arrive vient de toi » (4-79) professe ainsi cette « dictée surnaturelle » qui mêle étonnamment conscience et violence. Mais ce n’est pas en tuant ou en voulant tuer l’impudent que les musulmans rétabliront « la vérité ». Et ce n’est pas en muselant l’infidèle qu’ils pourront faire taire le droit d’expression.
Il nous reste, en France, à retrouver les chemins de la liberté. A les rendre plus sûrs et moins encombrés. Car il n’est pas acceptable que nous, les hommes, les vrais, les purs, les « forts en gueule » et les donneurs de leçons, puissions laisser pitoyablement l’un de nos compatriotes vivre, manger, s’habiller et embrasser ses enfants sous la surveillance d’un pistolet et la crainte d’un « taliban ». Tout comme il n’est pas « reluisant » de constater que, hier, à Toulouse, les hommes, les vrais, les purs n’étaient même pas 800 pour venir soutenir l’agrégé « prisonnier ». Bien moins qu’à un meeting de Ségolène Royal ou de Nicolas Sarkozy.
Il serait temps, enfin, de faire comprendre au monde et, plus particulièrement au monde musulman, que donner de la voix, pour le protéger, à un tel personnage, quels que soient ses erreurs et ses excès, c’est aussi refuser de perdre la… nôtre.