Jean-Paul Busnel, journaliste et éditorialiste, aujourd'hui intervenant-professeur auprès de grandes écoles, notamment SciencesCom, Centrale, Audencia, EAC, et par ailleurs consultant/expert pour les entreprises, porte un oeil critique sur l'actualité
Drôle d’été. La moitié de la France peste contre le ciel. Et s’entraîne à parler d’un « temps de 15 août » comme elle le fait déjà pour la Toussaint. Il n’y a plus de saison. C’est la canicule en juillet et ce sont les inondations le mois d’après. Les agriculteurs ont à peine rempli le dossier sècheresse qu’il leur faut y agrafer un additif sur les calamités et autres glissements de terrain. Et ceux qui déploraient le gaspillage de leur fourrage d’hiver pour nourrir aujourd’hui leurs bêtes le voient « pourrir sur pied » cet été, avant même d’être ingéré...
« Avec le temps… Avec le temps, va, tout s’en va » chantait Léo Ferré. « Et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu… Et l’on se sent floué par les années perdues ».
Il y a en effet dans cette affaire tant d’énergie dépensée et gaspillée que c’est à pleurer.
Car soleil et inondations ne sont pas des découvertes de l’année. On sait ainsi que les inondations sont l’aléa naturel le plus récurrent en France. Elles sont susceptibles de toucher 5 à 7% du territoire, soit 22.000 km2 répartis sur 7.600 communes connues et référencées, et d’affecter deux millions de riverains. S’il s’était agi de pétrole, toutes ces portions de terrains seraient déjà sillonnées en sous-sol de tuyaux et de pipe-lines destinés à alimenter les autres régions. Mais l’homme est ainsi fait qu’il laisse l’eau éternellement couler tant sur ses joues que sur ses pieds.
On sait pourtant que, avec le réchauffement climatique, l’eau va devenir une denrée rare, aussi rare que l’or noir. Mais personne ne semble se préoccuper, hors l’été, de stocker cette « richesse ».
Même observation pour le soleil qui dispense pourtant généreusement ses rayons sur notre territoire. Actuellement, le marché de l’énergie solaire thermique reste porté à 80% par l’Allemagne, l’Autriche et la Grèce. A la fin 2003, le « parc » solaire du pays d’Angela Merkel était sept fois plus élevé que celui de Jacques Chirac. Et, aujourd’hui, tant en Allemagne qu’aux Etats-Unis et au Japon, l’industrie solaire connaît un taux de croissance annuel de plus de 35%. La France ne veut pas être en reste et, au début du mois de juillet, François Goulard, notre ministre délégué à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, déclarait, en inaugurant l’Institut national de l’Energie solaire (Ines) au Bourget-du-Lac, en Savoie, que la France allait rapidement rattraper son retard grâce à ce centre de recherche « qui pourra se comparer avec les meilleurs du monde dans le genre ». Mais, pour l’instant, elle reste surtout, en ce domaine comme dans bien d’autres, la championne des grandes… déclarations.